vendredi 4 août 2017

Endors-toi Barbara

Pour la rentrée scolaire prochaine, avec ma collègue de français, nous désirons travailler la lecture et l'écriture à partir d'une sélection d'albums pouvant être adaptés à notre public, des ados de 2e année secondaire (4e en France).

Pour arrêter notre sélection, nous nous plongeons dans des titres tantôt graves, tantôt plus légers. Voici le premier de la série.  


"Là-bas, il y a une jolie maison qui m'attend.  Maman me l'a juré.  Et maman a toujours raison."

Barbara, c'est le prénom qu'elle s'est choisi pour ce nouveau pays qu'elle espère atteindre avec sa mère.  Mais le chemin est terriblement long et périlleux entre l'Erythrée et la Terre promise, l'Angleterre...  Aussi, pour la protéger autant qu'elle le peut, sa mère s'échine à conserver, contre vents et marées, bonne figure.  Barbara, malgré ses neuf ans, n'est pas dupe.  Pour contrer ses peurs et ses larmes qu'elle contient courageusement, elle se confie à son carnet, dans de longues missives adressées à son père resté au pays...

"Endors-toi Barbara", un magnifique album qui permet au (jeune) lecteur de se mettre dans la peau de ces migrants dont on parle tant aux infos.  A force d'en entendre parler, on finirait par oublier que derrière ce terme, il y a des êtres de chair et de sang, des hommes, femmes et enfants qui quittent tout, parcourent des milliers de kilomètres, au péril de leur vie, dans l'espoir infini de trouver un monde meilleur.  


Loin d'édulcorer le propos, il nous confronte aux écueils qui sèment leur parcours.  A travers les yeux d'une fillette, le lecteur prend la pleine conscience du mur cruel sur lequel viennent la plupart du temps se briser leurs rêves légitimes de liberté et de sécurité.  Il nous dévoile toute l'inhumanité de cet exil forcé, de cette (sur)vie dans ce no man's land qu'est la "Jungle" de Calais, de cette énergie du désespoir qui poussent ces hommes, femmes, enfants à tenter encore et encore de passer de l'autre côté, là où il y a "le soleil et pas de nuages"...  





"On a parcouru la moitié de la terre, mais apparemment, ça ne compte pas.  Apparemment, on n'existe pas."

Ce texte poignant, sublimé par de magnifiques illustrations (dans les couleurs bleu et ocre, comme les mers et les terres à franchir), n'est cependant pas tout noir.  "C'est dans le pire qu'il y a le meilleur du monde" chante Corneille...  L'amour reste bel et bien présent, dans ces trésors d'imagination que déploie cette maman pour que l'expédition soit "belle", dans ces mains qui se tendent alors qu'on pourrait croire tout espoir perdu, dans ces mots plein de tendresse qu'une enfant adresse à son père...


Sans cela, comment croire encore en l'humanité ?  Comment continuer à dire à tous les enfants du monde : "Ne t'inquiète pas, endors-toi, demain sera plus beau..." ?


Pour aller plus loin :

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