jeudi 10 décembre 2015

Voleur de vies



Avec Voleur de vies, Frank Andriat propose une version "revue et augmentée" d'un titre sorti initialement en 2008.

"Ma révolte à moi, elle s'exprimait par mes mains qui vidaient les poches des autres.  Je savais que si j'étais heureux, je n'aurais pas besoin de voler, mais les phrases pour m'expliquer cela, je ne les trouvais pas et, quand tu ne comprends pas, c'est plus facile d'enfoncer sa tête dans le sable comme font si bien les autruches."

Lézard, dix-neuf ans, voue une haine farouche à l'égard de cette société qui le rejette. Il déleste avec art les portefeuilles des nantis.  Pour l'argent, bien sûr mais pas uniquement. Dans son 15m2, il conserve tel un trésor les cartes d'identité de ses victimes.  Ces papiers sont autant de vies qu'il vit par procuration...  Son business est bien huilé jusqu'au jour où il fait la rencontre de Méduse...


Avec ce voleur de vies, j'ai eu l'impression de retrouver un peu de Zazie dans le métro de Queneau.  On assiste en effet à un espèce de road trip à travers Paris. A la suite des héros, on s'y balade de long en large à la recherche de la victime idéale.  Lézard jouant au professeur pour une Méduse médusée par sa virtuosité. Un trip un peu rock'n'roll où se mêlent dangers et sexe. 

Et puis, quand on pense avoir cerné les personnages, l'auteur bouleverse tout et fait chavirer nos certitudes.  Il nous offre alors un final bien différent de celui qu'on aurait pu imaginer.  Par là, il lève un petit coin du voile sur les relations particulières et parfois ambiguës qui se tissent entre un écrivain et ses personnages.  Il nous rappelle aussi que le lecteur est le troisième larron de cette histoire.  Finalement, entre le personnage, son auteur et le lecteur, qui vole qui ?

Une fois le livre refermé, le lecteur tout heureux d'avoir été surpris ne manquera pas de s'interroger sur son propre libre-arbitre.  Un créateur se joue-t-il lui aussi de notre destinée ?  

Un roman que j'ai aimé dès l'épigraphe extraite de La solution intérieure de Thierry Janssen :

""Entre toi et moi, quel est le plus important?"  Immédiatement, je pensai "moi", mais j'éprouvai un peu de honte à l'avouer.  Mon hésitation amusa le sorcier, car la réponse qu'il attendait n'était ni "moi" ni "toi".  Elle était "et" : le lien."

Un roman qui m'a tenue en haleine du début à la fin !  J'y ai retrouvé en outre l'autodérision de l'auteur (également professeur) qui n'hésite pas, par le biais de ses personnages, à égratigner sa profession :


"Le problème des profs, c'est qu'on dirait souvent qu'ils n'ont pas vécu ce dont ils te bassinent les oreilles.  Ils répètent ce qu'ils ont étudié, mais c'est comme s'ils étaient des machines : leur blabla n'a pas d'odeur."

Un roman qui, mine de rien, aborde aussi pas mal de thématiques qui interpellent:  la société qui malmène, exclut et marginalise ; le besoin pour tout un chacun de glaner ses miettes de bonheur ; le poids du passé sur nos vies ; le pouvoir de l'imagination pour échapper à la violence, à la solitude ; ...

Bref, un roman à lire !

Pour aller plus loin :

2 commentaires:

  1. Tu m'as donné très envie de le lire, mais comme je lis tout Andriat...
    Bonne semaine.

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  2. Je n'en étais pas certain, mais il me semblait bien que c'était chez toi que j'avais rencontré ce livre.
    Comme je te l'ai signalé, je viens de le lire. J'ai beaucoup aimé ce récit qui laisse le lecteur perplexe quand il arrive au mot "fin".
    Andriat me déçoit rarement.

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Un petit commentaire, c'est toujours sympa...