dimanche 2 août 2015

Je viens te parler de Maman


Je viens te parler de Maman est déjà le sixième ouvrage de l'auteure, Isabelle Godfurnon.  Après s'être attaquée à des sujets qu'elle connaissait bien : l'Ecole, sa campagne brabançonne et ses habitants, ses proches, la politique belgo-belge, elle sort ici de sa zone de confort pour nous relater le destin extraordinaire de Maria, une habitante de son village.

"Nous avons laissé s'écouler entre nous près d'un demi-siècle, dans l'ignorance et dans l'indifférence.  Et puis un jour son destin est venu à la rencontre de ma plume.  Et Maria est devenue pour moi Maroussya" nous confie l'auteure dans sa postface. 

Si ce récit biographique, en majeure partie rédigé sous la forme d'un journal intime, s'inspire d'une histoire vraie, il est toutefois romancé.  

Tout commence par un grand tri, celui qu'on se force à mener après le décès d'un proche.  Une fille découvre alors dans les affaires de sa mère un sac en coton qui lui est inconnu.  Celui-ci contient un carnet, de l'argent et une lettre:

"Je vous laisse mon histoire, à vous mes êtres chers..."  

Une histoire qui débute en 1933 en Ukraine et se termine quarante ans plus tard en Belgique, dans un petit village du Brabant wallon.  L'argent, c'est pour faire traduire les pages et  "ouvrir le coffre précieux des souvenirs"...

C'est chose faite quelques pages plus loin.  Là, le lecteur s'engouffre dans le gigantesque toboggan de la vie de Maroussya Tritiakova.  Les boucles s’enchaînent à un rythme fou.  On est secoué dans tous les sens et les émotions s'entrechoquent... Et, quelques 150 pages plus tard, on atterrit, surpris et un peu déçu que tout s'arrête.

Maroussya a dix ans lorsqu'elle débute son journal.  Un peu à l'instar d'Anne Frank, elle le personnifie et écrit à l'amie qu'elle n'a plus...  Elle y relate le règne de terreur instauré par Staline, le pillage organisé des ressources, la famine, la mort qui guette, la débrouille pour survivre, le travail au Kolkhoze, la vie de famille avec ses hauts et ses bas, ses coups durs aussi... Et puis, alors qu'elle a 19 ans, tout bascule.  Pour une raison que je vous laisse lire, la voici dénoncée par une amie pour une tablette de chocolat.  Déportée en Allemagne, elle doit son salut à ses connaissances agricoles.  Commence alors des années de travail forcé à la ferme...  Par quel hasard se retrouve-t-elle en Belgique à la Libération ?  A vous de le découvrir.

D'emblée, on s'attache à cette héroïne de chair et de sang, courageuse et téméraire, qui sacrifie son futur pour travailler la terre et subvenir à la survie de sa famille. On suit avec passion toutes les péripéties qui émaillent la deuxième décennie de sa vie.  Car, loin d'être larmoyant, le récit reste rudement positif : Maroussya est d'un naturel optimiste et sa foi en la nature lui permet de garder le cap.  Au passage, on découvre aussi un pan de l'Histoire moins connu, on vit de l'intérieur la douleur de l'exil, on ouvre les yeux sur les côtés sombres de la Libération...  

Bref, aux côtés de cette héroïne inoubliable, on vibre et on s'instruit. Et dire que ce destin aurait pu rester ignoré.  A croire qu'une bonne étoile a veillé jusqu'au bout...

Pour aller plus loin :

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