vendredi 2 janvier 2015

Raphael et Laetitia

En fin de soirée, des invités demandent à leur hôte de leur raconter dans quelles circonstances il a fait la rencontre de sa charmante épouse. Celui-ci se lance alors dans un récit qui semble étranger à ce qui les préoccupe mais qui a tôt fait de les happer entièrement : celui des mésaventures amoureuses de Raphael, un jeune héritier adopté enfant par le comte et la comtesse von Rüwich...

Dans ce court récit, on a droit à une mise en abyme : le narrateur raconte une histoire passionnante qu'il tient de seconde main d'un certain Aristide Morgan qui la tient, lui, de sa rencontre avec le principal protagoniste, le fameux Raphael.  

Passionnante puisqu'elle fait état de l'amour empêché entre Raphael et Laetitia, une princesse italienne.  Alors que leur union semble aller de soi, la mère de la belle la soustrait sans aucune explication des bras de son soupirant.  Ce drame n'est pas sans rappeler les amours tourmentées des tragédies grecques et le lecteur attend, avec avidité, de lire la suite...  

Pourtant, nul ne semble en connaître la fin, ni Aristide, ni le narrateur qui la conte à ses invités !  Raphael retrouvera-t-il celle qu'il aime ?  Pourra-t-il contrer le destin ? Comprendra-t-il ce qui les a séparés ?  ce qui les sépare ? Le lecteur aura-t-il une réponse à ces questions ?  Ou l'auteur se jouera-t-il de lui comme Aristide s'est délecté de la frustration de son auditeur, ce dernier faisant de même avec ses invités ?  Je vous laisse le découvrir !  

Peut-être faut-il aussi, pour tenter d'avoir le fin mot de l'histoire, se plonger dans le reste de l'oeuvre de l'auteur, dans ce que les spécialistes de Vincent Engel appellent ses romans "italiens" ou la "fresque des Morgan" ?  

De cette série, je n'en connais pour le moment qu'un seul, Les Diaboliques. Impossible, c'est vraide lire Raphael et Laetitia sans établir des correspondances avec cet autre titre.  En effet, dans ce dernier, le nœud narratif est le même : deux jeunes gens, Lucie et Fabian, s'aiment et, pourtant, leur amour est empêché par Dieu comme par les hommes...  Ce drame est alors le point de départ d'une vengeance aussi perverse que machiavélique !

Autre point de rapprochement : on retrouve dans Les Diaboliques un autre Morgan, Gustave Morgan, jeune homme très riche à qui ses parents refusent catégoriquement le mariage avec l'élue de son cœur !  

Et, pour finir de brouiller les cartes, l'auteur lui-même a longtemps signé ses œuvres sous le pseudonyme de Baptiste Morgan...

La tentation est donc grande de combler les zones d'ombre de l'un par les révélations de l'autre.

Mais la vérité est-elle aussi simple ?  Rien n'est moins sûr !  Surtout que dans ce titre, comme dans Les Diaboliques, l'idée d'une vérité multiple apparaît comme un leitmotiv.

"Ils ne voyaient pas encore que la vérité ne résidait pas dans la réalité des faits, mais bien dans la lecture qu'on en faisait."
Le sous-titre de cette histoire, Romansonge, n'indique-t-il pas à lui seul qu'il ne faut pas se fier aux apparences ?

En conclusion, ce court récit est une énigme qui pique la curiosité du lecteur, lui donnant la furieuse envie de "connaitre la solution du drame"...  Un beau coup de maître de l'auteur !  Un excellent moment de lecture !

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