dimanche 7 décembre 2014

A l'encre rouge


Lors d'une expédition dans une villa abandonnée du front de mer, Elias, un jeune Ostendais de onze ans, découvre le journal de bord intrigant d'un marin prénommé Fulbert. Quelque temps plus tard, quelqu'un s'introduit chez lui et lui laisse un message de menace : 
"Malheur t'arrivera si ce livre à sa place n'est pas."  
Qui pourrait s'intéresser à ce carnet vieux de quarante ans ?  Elias se connait peu d'ennemis...  (peu d'amis aussi d'ailleurs) ! Cette aventure risque pourtant de bousculer tous ses repères...

Troisième titre pour Marie Colot.  Après En toutes lettres qui avait retenu mon attention et Souvenirs de ma nouvelle vie venu confirmer tout le talent de cette jeune auteure de ma région, j'attendais avec impatience ce troisième roman.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle réussit une nouvelle fois à nous étonner. A l'encre rouge n'est pas un livre comme un autre puisqu'il est le résultat d'un travail collectif d'écriture qui a occupé dix-huit classes de l'enseignement primaire pendant sept mois.  De jeunes écrivains en herbe d'écoles de Belgique, de Suisse et du Sénégal.

Comme elle l'explique dans sa postface, la tâche ne fut pas simple.  L'auteure a dû conserver le cap - celui de sa trame narrative - tout en reprenant au maximum les idées foisonnantes de ses jeunes co-auteurs.

Le résultat manque certes parfois un peu de liant et certaines questions restent il est vrai sans réponse. Toutefois, le lecteur se laisse volontiers happer par l'intrigue et certaines trouvailles narratives sont des plus intéressantes.

Pour ma part, j'ai notamment apprécié cette triple narration qui ménage le suspense.  

Il y a tout d'abord ce récit du héros et cet emploi des parenthèses qui lui permettent de faire preuve d'une bonne dose d'auto-dérision. 

Ensuite, on découvre l'intervention de l'ennemi potentiel rédigée sous forme de listes.  Là aussi, l'humour est au rendez-vous. 


"Le plan B ou comment rattraper son erreur et traumatiser pour de bon un gamin peureux
- Déchiqueté tu finiras si la couverture et l'autre bout de la page 13 tu ne rends pas.
A déposer sur le canapé dans la villa abandonnée lors de mon prochain passage là-bas.
- Retourne chez toi immédiatement on on te mangera tout cru.Non, ça ne rime pas.
- Sous mon ombre tu resteras si tu poursuis cette enquête pas à pas.
A glisser dans sa sacoche de vélo.
- Noyé tu seras si, ici, je te revois.
A utiliser s'il n'abandonne pas aussi vite que prévu.
- Lourde sera la vengeance, inévitable la destruction complète et adieu ta petite tête.
Trop long et un peu exagéré."
Et enfin, ce journal de bord qui a traversé les années.  Un texte plus noir qui révèle toutes les failles d'un personnage rongé par les regrets et les remords.

En faisant avancer pas à pas le récit, cette narration multiple crée une atmosphère mystérieuse qui donne l'envie au lecteur de découvrir la suite !  

Les typographies différentes permettent de s'y retrouver.  Petit bémol cependant pour la partie "journal" rédigée dans une police un peu trop petite à mon goût.

Pour conclure, même si ce titre m'a moins emballée que les deux premiers, j'ai pour lui une affection toute particulière.  Comme les deux premiers, il reflète un peu de cette belgitude qui nous caractérise, nous, habitants de "ce plat pays". De plus, l'auteure campe son histoire dans ma ville de naissance, Ostende.  En lisant ces lignes, j'ai remis mes pas dans ceux de mon enfance.  Le vent, le bruit des vagues, les embruns de la mer, ces villas abandonnées témoins d'un lustre passé, le chocolat, les gaufres, le port de pêche et ses odeurs...  Que de bons souvenirs qui ravissent mes sens.

Rien que pour ça, le voyage en valait la peine !  Chapeau bas à tous ces petits moussaillons et à leur capitaine !  Un bel exemple - à suivre - d'écriture à plusieurs mains... 


"On dit souvent que plusieurs têtes valent mieux qu'une.  On oublie de dire que des centaines de mains vont plus loin qu'une seule paire !"
Marie Colot, Postface A l'encre rouge

Pour aller plus loin :

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