mercredi 6 août 2014

L'enfant Océan

De ce titre, je n'avais lu que des bribes, au gré des extraits écrits ou sonores repris dans les manuels scolaires.  Assez cependant pour me donner envie un jour de le lire en entier. Aussi, lorsque je l'ai déniché dans une bouquinerie à Avignon pour  1 euro seulement, je n'ai pas hésité une seule seconde.

Dans la famille Doutreleau, le manque de sous et le manque d'amour se disputent le haut du pavé. Malgré les coups et les brimades, les six frères allant par paire se serrent les coudes, guidés par Yann, le petit dernier, minuscule (10 ans et à peine la taille d'un enfant de 2 ans), muet mais drôlement futé.   Par une nuit de tempête, il entend son père prononcer cette phrase terrible : "Je les tuerai tous !"  Il réveille alors ses frères et les convainc de s'enfuir... Direction l'Ouest avec pour objectif : atteindre l'Océan...  Y parviendront-ils sains et saufs ?

Cela vous rappelle furieusement le célèbre conte de Perrault, Le Petit Poucet ? Il y a de cela, en version moderne, mais pas que...  

L'histoire se déroule à notre époque, dans le sud-ouest de la France.  A l'école, Yann se révèle, au grand dam de ses parents, excellent. C'est d'ailleurs le point de départ de cette histoire. L'assistante sociale raccompagne le jeune garçon chez lui parce qu'il est arrivé en classe hébété et sans cartable.  On apprend par la suite que c'est le père, ne supportant pas de voir son fils "fainéanter" à ses devoirs au lieu de les aider aux tâches de la ferme, qui l'a jeté dans le puits. Le ton est donné par un rencontre d'anthologie entre l'assistante sociale et la mère.  Rencontre que l'on peut vivre des deux points de vue, variation des registres de langue en prime !

Cette lecture plurielle, on y a droit tout au long du récit.  Tour à tour, l'auteur donne la parole aux enfants, aux parents et aux protagonistes qu'ils rencontrent sur leur chemin : le chauffeur routier qui les prend en stop, la boulangère qui leur offre du pain, le gendarme chargé de l'affaire, etc.  Il y a même un écrivain qui les voit surgir de nuit sur le terrain de foot qui jouxte sa retraite de travail... Un événement qui relègue au second plan le personnage qu'il venait de créer.  Peut-être un petit clin d’œil de l'auteur lui-même pour nous rappeler que la réalité dépasse parfois la fiction... Bref, ces multiples points de vue font avancer le récit et mettent en évidence le fait que la vérité est multiple, que chacun n'a qu'une vision fragmentaire des choses.

D'ailleurs, le lecteur lui-même est surpris par un final peu conventionnel.  D'un côté, il y a des circonstances atténuantes en béton, un dénouement positif pour l'ensemble des protagonistes ; de l'autre, il y a cette histoire de tromperie, de mensonge par omission qui chiffonne un peu !  Et si c'était la boulangère qui avait raison :

"Pour moi, la seule vérité est que "ce gosse", comme ils disent, était un gosse justement.  Un simple petit gosse. Qui demandait seulement qu'on le tienne au chaud et qu'on lui dise des gentillesses de temps en temps.  Comme tous les autres gosses.  Je ne sais pas grand chose sur l'affaire, mais j'ai comme le sentiment qu'il n'a jamais connu ça.  Alors on ferait mieux de lui ficher la paix et de se taire."
A moins que ce ne soit ce marin :

"L'idée m'est venue que cet enfant n'était pas réel, qu'il sortait tout droit d'un conte.  Que j'avais droit d'y entrer pour un instant.  Qu'il voulait bien m'y accepter.  A condition bien sûr que je cesse de poser des questions idiotes."

Peu importe finalement car cela n'enlève rien à la qualité de ce récit où l'on passe par une multitude d'émotions.  On tremble pour le devenir de ces garçons perdus jetés sur les routes ; on s'émeut de leur entente, de leur solidarité ; on sourit à leurs techniques de débrouille ; on éprouve de la colère face à l'attitude violente des parents ; de la nausée face à celle de l'ogre moderne qu' immanquablement ils finissent par rencontrer, ...

Bref, un roman que je ne regrette certainement pas d'avoir enfin lu en entier !

D'autres titres de l'auteur sur le blog :

4 commentaires:

  1. J'adooooooooore ce roman et je l'offre régulièrement ! En plus d'un point de vue de prof de français c'est une mine !

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    1. Heureuse de te retrouver ici :-)
      C'est vrai ! J'en utilise aussi quelques extraits avec mes élèves...

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  2. Il a l'air beau ... dans la même collection j'ai beaucoup aimé La balafre et surtout La rivière à l'envers ♥

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  3. Je n'ai pas aimé plus que ça.
    Par contre, de Mourlevat, j'ai adoré "La balafre" qui est son premier roman, je pense.
    Bon dimanche.

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