mercredi 23 juillet 2014

Game over


- Elle s'enfonce !
- Chargez à 200 !  Dégagez !
- On la perd...
- Chargez à 300 !  On dégage !
- Passez deux culots globulaires supplémentaires et apportez du plasma !
- ...
- Mais bougez-vous !!!
- Arrêtez...  STOP !  Il n'y a plus rien à faire...  On l'a perdue !

Tuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut !

- Heure du décès : 0 heure 45.

L’infirmière venait de prononcer l’heure fatidique.  Dans la salle des urgences de l’hôpital régional régnait le calme après la tempête.  La patiente gisait là, immobile, TROP immobile.  Autour d’elle, le chaos.  Une marre de sang. L’équipe, hébétée, tentait de recouvrer ses esprits.  Un moment de flottement nécessaire pour reprendre pied dans la réalité.
 
Tuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut !  Le sifflement de la machine continuait à égrener son oraison funèbre.  Ce son strident arriva soudain à leur conscience.  Quelqu’un débrancha l’appareil.  Ce fut comme le signal « fin de la pause ».  Dans d’autres circonstances, la scène aurait presque pu prêter à rire.  C’était comme si une main invisible avait poussé sur le bouton pause de la télécommande et s’amusait un instant à observer les mimiques figées des uns et des autres, cherchant dans leurs regards apeurés une explication à tout ce bazar !  Soudain, sans vraiment savoir pourquoi, la fonction « play » s’enclencha à nouveau.  Chacun reprit, machinalement, les gestes maints et maints fois posés.
 
La vie, un moment suspendue, reprit son cours.

Dans les couloirs, ils échangeraient quelques mots, banals mais pourtant nécessaires.  Qu’est-ce qu’on pourrait bien dire ou faire d’autre juste après ça ?

- Elle était si jeune !
- Encore une enfant !
- Quelqu'un sait si elle avait de la famille ?

Quelqu’un savait.  Elle ne pouvait plus rien dire.  Plus jamais.  C’était ça la mort ?  Tout voir, tout entendre mais ne plus pouvoir agir.  Si seulement elle pouvait revenir quarante-huit heures en arrière…  Elle aurait pu, elle aurait dû avoir peur.  Mais non !  A ses côtés, lui tenant la main, son grand-père lui montrait le chemin…

A suivre...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Un petit commentaire, c'est toujours sympa...