vendredi 4 juillet 2014

Blog



"Quand la phrase s'allonge, la peau se dévoile.  En me cachant sous les mots, je mets en scène le plus impudique des strip-teases."

A la recherche de titres sur l'écriture intime à proposer à mes élèves, je suis tombée sur ce petit roman de 2010.  Pas vraiment inconnu puisque mes copinautes d'A l'ombre du grand arbre (Sophie HérissonBoumaSophie) en avaient dit le plus grand bien à l'époque.  De plus, depuis la présentation enthousiaste de son auteur par Bouma l'été dernier, j'avais bien envie de le découvrir à mon tour. Voilà qui est chose faite. Verdict ? Plutôt positif !

Côté intrigue, le titre du roman ne pouvait que m'interpeller comme d'ailleurs la question qui y est abordée en fil rouge, celle de l’ambiguïté entre le côté privé de l'écriture et sa diffusion publique ! Comme blogueuse, j'avance constamment sur ce fil même si, dans le cas d'un blog littéraire, celui-ci est en principe plus épais.  L'objectif étant davantage de parler de ses lectures que de soi.  Mais, mine de rien, même dans ce cadre, la frontière est tenue.  Ecrire, c'est se dévoiler...  

Le point de départ du récit se situe au cœur de ce paradoxe.  Un ado découvre que son père a épluché son blog et s'en est servi pour renouer une relation distendue.  Il le vit comme une véritable intrusion dans sa vie privée, comme un "viol virtuel".  Avec toute la fougue de l'adolescence, il le condamne alors sans appel et lui répond par un mutisme rageur.  Heureusement, l'histoire ne s'arrête pas là ! Quand il y a crime, il y a mobile.  Celui-ci est à chercher dans la propre adolescence de ce père indiscret qui, pour rééquilibrer leur relation, transmet à son fils un carton avec ses propres journaux intimes.  Colis piégé, boite de Pandore ?  Et si cette lecture mutuelle leur permettait de se (re)découvrir ?

A partir de cet instant, on verse dans les secrets, les non-dits qui empoisonnent la vie de famille, qui éloignent inexorablement ceux qui s'aiment. Quand ils refont surface, c'est quitte ou double !  Mais, le plus souvent, même si l'accouchement est parfois douloureux, leur révélation permet de prendre un nouveau départ, fondé sur des bases plus solides.  C'est le cas ici où l'image écornée du père retrouve un nouvel éclat.

Ce titre évoque avec beaucoup de brio le tournant que devrait prendre toute relation père-fils à l'adolescence.  Fini l'adoration sans borne de l'enfance.  Avec son esprit critique, l'ado détecte les failles de l'adulte et si ce dernier n'ouvre pas le dialogue d'égal à égal, la rupture peut être profonde.

Jean-Philippe Blondel évoque cette construction identitaire avec beaucoup de style.  Une construction qui va de paire avec l'écriture, comme moyen de se révéler.  S'y ajoute en prime l'éveil amoureux... Dans le choix des mots, du déroulé du récit comme des thèmes évoqués, on sent que l'auteur parle en connaissance de cause.  Pas étonnant puisque, enseignant, il côtoie les ados depuis plus de 20 ans !
"Je ne sais pas d'où venaient ces mots d'adulte et cette voix glaciale. D'une poche tout au fond de moi, sans doute - une poche où s'emmagasinent les souvenirs, les colères, les bonheurs et toutes les émotions, une poche qui se videra dans quelques années et coulera dans mes veines pour faire de moi celui que je suis censé devenir."

Bref, une lecture dans le vent à découvrir si, comme moi, vous êtes passé à côté à sa sortie...        

Pour aller plus loin :

2 commentaires:

  1. contente de te voir tomber toi aussi dans le Blondel...

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  2. J'ai lu un seul Blondel mais il ne m'a pas convaincu. Du coup, je l'ai laissé de côté...
    Bonne fin de semaine.

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