samedi 14 juin 2014

Les Diaboliques

Ker éditions, 2014
Milieu du XIXe siècle, dans la campagne française. Lucie et Fabian se connaissent depuis l'enfance. Au fil des ans, leur amitié s'est muée en idylle amoureuse. Leur union ne fait aucun doute et ferait en outre les affaires de leurs deux familles respectives, des exploitants agricoles d'un côté, des négociants en viande de l'autre. 
Pourtant, alors qu'ils s'apprêtent tous deux à fêter leurs dix-huit ans et à avancer sur le chemin de leur vie commune, une convocation de l'abbé de la paroisse sonne le glas de toutes leurs espérances !  

Quel terrible secret va-t-il leur révéler ?  Vont-ils se soumettre "au double décret de Dieu et des hommes" comme il les en conjure?  Est-ce ce drame personnel qui va rapprocher Fabian de Gustave Morgan, un jeune homme très riche à qui ses parents refusent catégoriquement le mariage avec l'élue de son cœur ?  

Et si, finalement, tous ces personnages n'étaient que les jouets d'un cruel destin ?

Peut-être qu'à la lecture de ce résumé, vous vous sentez rassurés.  Peut-être pensez-vous savoir où vous mettez les pieds.  Vous auriez bien tort !  Car, avec Les diaboliques, les apparences sont plus que jamais trompeuses et la vérité aussi glissante qu'une anguille.  

En cinq parties, cinq actes d'un drame qui se déroule sous nos yeux ébahis, Vincent Engel s'amuse à retourner sans cesse la situation.  Et, c'est lorsqu'on pense avoir enfin découvert le fin mot de l'histoire, qu'en une ultime pirouette, il nous assène le coup de grâce.  Diabolique !

Chronique en cinq citations d'une comédie de mœurs qui, sans crier gare, verse dans la perversité et la malignité humaines :


I
"Tant les décrets divins que la loi des hommes vous interdisent de vous aimer sinon d'un amour fraternel."
II
"*** gisait nue sur le lit tendu du pourpre de sa vie enfuie, crucifiée de quatre lames qui avaient profané sa peau blanche et son corps délicieux."
III
"Ce que j'ai vécu, je ne puis le confier à personne sinon à toi ; et j'aimerais décharger mon âme avant de la rendre à qui de droit - Dieu, Satan ou le néant."
IV
"- J'espérais, de retour chez nous, que les choses en resteraient là, que nous pourrions revenir au point d'équilibre de nos vies antérieures.  Je me trompais doublement !  D'abord parce qu'il n'est pas possible de récupérer son équilibre quand on a franchi un certain seuil ; ensuite, parce qu'à bien considérer les événements, l'unique équilibre dont je pouvais me prévaloir était celui d'une folle course en avant."
V
"Se peut-il que notre propre histoire nous paraisse méconnaissable sitôt qu'un autre s'en fait le conteur et que les gens que nous croyons si proches de nous s'éloignent, tels des étrangers, lorsqu'on nous les dépeint d'un point de vue différent du nôtre !"
Arrivée un peu hébétée au bout de l'histoire, quelque peu grisée par ce cocktail sulfureux de vengeance, de violence meurtrière, de sexe et de vérités multiples, au lieu de capituler, vaincue par la plume de l'auteur, j'ai tout repris du début. Car, si j'ai anticipé certains ressorts narratifs, celui de la fin m'a cueillie par surprise. Le narrateur lui-même en reste coi !  Et le lecteur, lui, ne cesse alors de chercher - et de trouver - dans les premières pages les signes avant-coureurs qu'il a loupés. Longtemps après avoir refermé le livre, il s'interroge encore sur la vanité de l'homme qui croit maîtriser son destin...

Vous l'aurez compris, même s'il est vrai que ce récit se déroule dans les milieux bourgeois du XIXe siècle, la morale en est finalement intemporelle : "rien n'est jamais conforme à ce que l'on croit" !  Nul n'a le regard omniscient de Dieu ou du Diable !  Chacun agit en fonction de la vérité qu'il détient  (ou pense détenir), au risque de se fourvoyer et de se perdre corps et âme.  Tout le monde oublie ou feint d'oublier que "la plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu'il n'existe pas !"

Toutefois, malgré la noirceur de cette danse macabre qui amène inexorablement l'ensemble des protagonistes au fond du gouffre, l'auteur y glisse - in extremis - un petite lueur d'espoir - ou du moins c'est ce que j'ai voulu y lire entre les lignes...

Serez-vous du même avis ?  Pour le savoir, plongez-vous, avec délice et un brin de voyeurisme assumé, dans cette confession diabolique !

Pour aller plus loin :
  • Eric Russon présente Les Diaboliques, nouveau roman de Vincent Engel, en présence de l'auteur, au Rockerill de Charleroi.



1 commentaire:

  1. Je n'ai jamais entendu parler de ce livre. J'ai assisté à une conférence de l'auteur et je dois avoir un de ses romans qui attend mon bon vouloir dans ma bibliothèque. Il doit y être depuis au moins deux ans.
    Bonne semaine.

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