samedi 28 juin 2014

Le conteur tome 1 - L'enfant qui n'aimait pas rêver


" Quelque soit la forme que prend l'imagination de l'Homme, elle est essentielle à sa survie.  Qu'il s'agisse de contes ou de théories scientifiques, si l'Homme ne crée plus, s'il ne se réinvente plus, il disparaîtra tôt ou tard.  Ayisté est, d'une certaine façon, le garant d'un creuset de l'imaginaire."

Pour poursuivre le challenge "Coupe du monde des livres" proposé par Cajou, je me suis plongée dans un titre qui m'attendait bien sagement depuis un moment.  Pas de vengeance dans son chef si ce n'est qu'il m'a happée bien plus que prévu !

En effet, sous sa couverture sage d'un blanc immaculé, se cache une petite madeleine qui m'a remémoré de nombreuses illustres lectures, celles de Carroll, Bottero, Tolkien, Pullman, Rowling, L'Homme... Tous ces grands auteurs nous ont proposé leur vision du monde de l'imaginaire.

Lorraine-S. Heymes nous offre la sienne, teintée de modernité.  On y suit Ulysse, un jeune garçon de onze ans on ne peut plus rationnel qui, forcé de séjourner à la campagne chez ses grands-parents paternels suite à la maladie de sa maman, découvre un chaton famélique.  Jusque là, rien d'extraordinaire ! Les choses se corsent lorsque l'animal grandit d'un seul coup, se met à parler et révèle à l'enfant que ce dernier est un Conteur, chargé de préserver l'équilibre précaire entre le monde réel et Ayisté, le monde de l'imaginaire.  Ulysse aurait bien envie de refuser.  Pourtant, lorsqu'il raconte cette histoire rocambolesque à sa mère, celle-ci semble aller mieux...

Illustrations : Diego Brelière


Que trouve-t-il de l'autre côté du miroir ?  Un monde de l'imaginaire bien mal en point qui lutte contre l'oubli de notre monde pris dans la frénésie des nouvelles technologies.  Tous cherchent des solutions sans guère de succès. Cet immobilisme pousse certains révolutionnaires d'Ayisté à des solutions extrémistes qui ne sont pas sans rappeler celles qui font malheureusement la une de nos journaux. Attentats, kidnappings... auxquels répondent restriction des libertés et déploiement des forces armées !

Cette lecture invite donc à la réflexion autour du clivage entre modernité et tradition, science et imagination.  
"- Bien sûr, le progrès est une chose formidable lorsque la science s'applique à guérir, à soigner, à cultiver les esprits, à soulager les corps...  (...)  Hélas, la manière dont la science a été utilisée s'est aussi révélée néfaste : les inventions, les découvertes, qui se succédaient à vive allure, détruisaient peu à peu les croyances, les pratiques ancestrales.  Au point de mettre en péril l'identité de chacun.  La modernité était en train d'uniformiser le monde !"
Elle plaide pour trouver un compromis, un équilibre entre les deux... Celui-ci, amorcé dans les discussions des héros, ne manquera pas de se concrétiser dans les prochains tomes.  

Elle aborde aussi, de manière originale, des thématiques liées à l'éducation et à l'enseignement. Ulysse confronte ses expériences avec Octave, un jeune garçon de son âge qui n'a jamais connu que l'univers d'Ayisté, un monde où les enfants avancent à leur rythme et où les punitions sont exclues.
"- Tu ne comprends pas, reprit Octave.  Chez nous, lorsque tu fais une chose interdite, on ne te fait plus confiance...  On ne peut pas réparer.  Alors que chez vous, tu fais une bêtise, tu es puni, ça efface l'ardoise.  Donc, tu peux recommencer."
Mais qui dit monde imaginaire dit également rencontre de créatures extraordinaires oubliées et de personnages célèbres déchus.  Tous ont trouvé refuge dans ce monde parallèle.  Au fil des pages, on y croise ainsi  par exemple les Pythies, des hippogriffes, le Petit Chaperon Rouge devenu adulte qui promène le loup en laisse, la Belle au bois dormant qui est bien loin de son "happy end" et Merlin et Viviane, deux retraités toujours amoureux.  Les clins d’œil  décalés à l'univers des contes ne manquent pas.  L'humour non plus !  Les touches humoristiques viennent essentiellement de Lamed, le chat Accompagnateur d'Ulysse.  Tour à tour ronchon, tendre, sarcastique, ses traits d'esprit font mouche.

Le héros, quant à lui, est d'emblée attachant. Son moteur, c'est l'amour ; l'amour pour sa mère en particulier et pour sa famille en général.  Pas de super-héros ici, pas de pouvoirs magiques surdimensionnés non plus. Il reste à l'échelle humaine, fort et fragile à la fois.  Curieux, il n'en est pas moins réfléchi.  Un brin fier aussi.  C'est ce qui le pousse à braver les dangers, à modifier sa façon d'appréhender le monde et à se lancer dans l'inconnu pour prouver que sa famille n'a pas trahi.

Pour suivre les pérégrinations d'Ulysse (un prénom prédestiné), l'ouvrage s'ouvre sur une carte d'Ayisté.  Un classique du genre fantasy.  Grâce aux magnifiques illustrations qui agrémentent chaque page de garde des cinq parties et qui sont également disséminées de-ci de-là, on peut aussi se faire une belle idée des personnages principaux. 

Bref, un remix original d'un genre tant et tant de fois remis sur le métier. L'auteure sort son épingle du jeu en insérant dans son récit des problématiques bien actuelles, à commencer par celle de la perte de l'intérêt des jeunes pour la lecture. 


"Quand tu lis un livre, tu inventes le décor, tu l'imagines, puis tu le crées de toutes pièces; avec les mots et ton imagination pour support... Ainsi, l'histoire n'est jamais figée. Elle se refait à chaque fois que quelqu'un ouvre le livre, parce que nous n'avons jamais la même représentation de ce que nous lisons... Hélas, les humains ne lisent plus assez..."


Pour ma part, il me tarde de retrouver Ulysse dans la suite de ses aventures, surtout que le tome 1 se termine un peu vite à mon goût.  Le tome 2 est intitulé La Citadelle de vers, tout un programme !  Sa sortie est prévue pour 2015...



Pour aller plus loin :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Un petit commentaire, c'est toujours sympa...