samedi 19 avril 2014

Vous ne tuerez pas le printemps

Comme je l'écrivais dans mon "Mardi sur son 31", après l'excellent Adam et Thomas d'Aharon Appelfeld qui raconte l'aventure de deux jeunes garçons "perdus" dans la forêt par leurs parents pour échapper aux rafles allemandes, je suis restée dans la même époque mais ai changé complètement de registre avec ce titre Vous ne tuerez pas le printemps de chez Gulf stream.

Ici, et il suffit de jeter un œil sur la sublime couverture et sur le nom de la collection, "Courants noirs", pour s'en convaincre, on plonge dans un thriller sur fond d'espionnage et de contre-espionnage, en pleine seconde guerre mondiale. 

"Elle n'ignore pas que l’opérateur radio est l'agent le plus exposé, et que son espérance de vie, une fois en France, ne dépassera guère six semaines.  En cas d'arrestation, elle devra coûte que coûte garder le silence pendant quarante-huit heures afin de laisser aux agents de son réseau le temps de disparaître.  Si elle n'est pas certaine de supporter, elle pourra toujours avaler la pilule L, une petite pilule brunâtre de la grosseur d'un pois qui contient du cyanure de potassium."

Elaine, une jeune anglaise de 19 ans est parachutée (dans tous les sens du terme) en France pour remplacer l'opérateur radio d'un réseau de résistants... Elle fait partie du S.O.E. (Special Operations Executive), un organisme secret créé par Churchill pour aider la Résistance française à déstabiliser l'ennemi et à préparer le débarquement de Normandie.

La jeune femme, pétrie d'idéalisme, ne sait pas dans quel nid de vipères elle met le pied.  Surtout que les arrestations qui se multiplient au sein du réseau Pianist finissent par le rendre exsangue.

S'engage alors entre les  membres du réseau, les instances de Londres et les Allemands une partie d'échecs où aventure, bravoure, amour et trahison sont les pièces maîtresse.

Après L'école de la mort, voici donc un deuxième titre de cette collection "noire" que je savoure.  A chaque fois, je suis étonnée par la qualité de fond des textes. Ici, l'auteur, qui écrit aussi pour les adultes, s'est particulièrement bien documentée sur ces réseaux d'espionnage et on en apprend énormément sur la motivation et le quotidien de ces hommes et de ces femmes venus se battre pour notre liberté. En fin d'ouvrage, Béatrice Nicodème offre en outre aux "passionnés d'histoire" quelques repères pour situer le cadre spatio-temporel des événements.  Elle précise également ce qui est de l'ordre de la réalité et ce qui est de l'ordre de la fiction. 

On apprend notamment que parmi les membres de la section française figuraient un bon nombre de femmes, souvent très jeunes...  C'est le cas de notre héroïne.  Sa jeunesse, sa fougue, sa naïveté, son talent, en font un personnage attachant, même si certains pourront regretter que l'auteure n'ait pas davantage développé son aspect romanesque.  Tout est dans le sous-entendu et le lecteur (la lectrice :-)) ne pourra qu'imaginer ce qui aurait pu être... A moins qu'un second tome ne soit prévu !

Bien sûr, on est en période de guerre et la priorité pour Elaine, comme pour ses compagnons, est de sauver sa peau.  Pas le temps dans ces conditions de se laisser aller à ses sentiments...  Pire, ils pourraient conduire à sa perte et à celle des personnes qui lui sont chères.
"C'est aussi cela, la guerre : une succession d'instants et de rencontres fugitives qu'on n'ose conclure d'un au revoir."
Le personnage de l'officier allemand est, lui aussi, particulièrement bien croqué.  Son portrait psychologique ne laisse pas indifférent : d'un côté, homme de culture ; de l'autre, homme au mental d'acier, prêt à tout pour défendre les intérêts de sa mission : asseoir le pouvoir d'Hitler.  Tout au long du récit, il va endosser le rôle du chat jouant avec la souris.  Cette traque, couplée à ce qui se passe en coulisses à Londres, fait tout le sel de ce récit.

Car la bataille a lieu sur tous les fronts.  Et, dans chaque camp, il y a les héros, les traîtres et ceux qui jouent double jeu.  Pas simple de lever les masques.  Ce rôle est dévolu à Frank, l'amoureux éconduit qui remue ciel et terre pour rapatrier sa "fiancée". Malgré son importance dans le dénouement de l'histoire, je ne l'ai pas trouvé spécialement sympathique et son personnage m'a semblé moins crédible...

Quant à l'origine du titre, une métaphore particulièrement percutante, je vous laisse la découvrir par vous-même !

En conclusion, ce roman policier historique dense de 344 pages plaira tant aux férus de cette période de notre Histoire qu'aux amateurs de suspense et d'aventure.  De plus, il nous rappelle combien il est important de toujours garder espoir.  Enfin, il constitue un excellent biais pour fêter les 70 ans du débarquement et redécouvrir ce pan de notre mémoire collective.


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