samedi 12 avril 2014

Adam et Thomas - une "histoire d'enfants" que tous les adultes devraient lire !

Illustrations de Philipe Dumas
Traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti
Ecole des loisirs, 5 mars 2014
(152 pages, 15 €, format 148 x 218 mm)
"- Mon petit Adam, dit la mère, nous sommes arrivés, n'aie crainte.  Tu connais parfaitement notre forêt et tout ce qu'elle contient.  Je vais faire mon possible pour revenir ce soir. Si je tarde, va chez Diana, je te retrouverai chez elle." 

Non !  Le roman-fable d'Aharon Appelfeld n'est pas un remake du célèbre Petit Poucet !  La mère d'Adam ne tente pas de le perdre dans la forêt. Bien au contraire, elle l'a conduit là pour le mettre à l'abri des rafles qu'opèrent les Allemands dans le ghetto où ils vivent. Malheureusement, elle ne peut revenir le soir même... Mais la Providence veille.  Thomas, un camarade de classe, se retrouve lui aussi "perdu" dans la forêt. Tous deux vont se serrer les coudes, faire de leurs différences une force, pour SURVIVRE...

Ce roman se lit comme une fable philosophique.  Les deux enfants de neuf ans doivent faire face à la solitude, à la peur et à la faim.  Face à cette épreuve, ils se questionnent. Pourquoi l'homme est-il plus cruel qu'un animal ?  Pourquoi sont-ils pourchassés ?  Qu'ont-ils fait de mal ?  Adam, d'un naturel optimiste, trouve des réponses et puise sa force dans la nature qui l'entoure et dans la foi qu'il tient de sa famille. Thomas, plus torturé, a besoin d'intellectualiser les choses... Adam ne trouve pas toujours les mots pour lui répondre.  Peu importe, le fait de s'interroger les fait déjà grandir.

"- On va rester ici longtemps ?!
- Je ne sais pas.  Mon grand-père dit que tout est entre les mains du ciel.
- Je n'ai jamais entendu cette expression.  Mon père dit que tout est entre les mains de l'homme.
- Chaque famille possède ses expressions, conclut Adam."

Cette histoire est un véritable condensé d'humanité.  Par leur solidarité, leur entraide, leur amitié, les deux compagnons d'infortune arrivent à surmonter le manque de nourriture, le froid mordant de l'hiver qui arrive, la peur qui les assaille lorsqu'ils entendent des fuyards traverser la forêt, talonnés par leurs poursuivants armés...  Bien plus encore, ils font preuve de bravoure quand ils soignent les blessés tombés au pied de leur arbre ou quand il sauve de la mort une petite fille de leur classe... 

La nature y joue un rôle très important.  Par ses bienfaits, elle protège, abreuve et nourrit nos deux enfants.  Ils y puiseront également, par le biais de leur amitié avec un chien, la tendresse qui leur manque cruellement.

En tant que lecteur, on ne peut que se prendre d'affection pour ces deux héros et réfléchir avec eux sur ce qui fait notre humanité, sur l'importance de garder espoir même lorsque les ténèbres envahissent tout.

De manière indirecte, l'Histoire se rappelle à nous : les rafles, les convois vers les camps en Pologne, la retraite de l'Armée allemande, l'avancée de l'Armée rouge... mais l'originalité ici, c'est de nous faire revivre ces événements par le regards de deux enfants, à la fois apeurés et confiants en l'avenir !

"Quand on rencontre quelqu'un, c'est signe qu'on devait croiser son chemin, c'est signe que l'on va recevoir de lui quelque chose qui nous manquait. Il ne faut pas ignorer ces rencontres.  Dans chacune d'elles est contenue la promesse d'une découverte."

- On va se construire un nid dans un arbre.


Ce roman vous embarque dès les premières lignes.  Au fil des pages, les superbes aquarelles de Philippe Dumas (qui a également illustré l'adaptation du roman de Dickens, De grandes espérances) viennent apporter douceur et poésie.  Le tout donne une lecture qu'on pourrait apparenter au Petit Prince de Saint-Exupéry...  

En conclusion, une "histoire d'enfants" que tous les adultes devraient lire !

A propos de l'auteur, Aharon Appelfeld, l'éditeur écrit : 

"Aharon Appelfeld est né à Czernowicz en 1932. Il avait huit ans et demi quand sa mère fut assassinée par les nazis.  Souvent comparé à Kafka, il est traduit dans le monde entier. Il a attendu d’avoir quatre-vingts ans pour transmettre, 
dans un roman destiné aux plus jeunes, ce que furent l’errance dans la forêt, le froid, la faim, la peur, et 
puis le pain tendu, les gestes infimes et héroïques qui l’ont sauvé. Adam et Thomas est un chef-d’oeuvre longtemps 
mûri. Et ses deux héros, les deux visages inoubliables de ce petit garçon à l’âme forte."

3 commentaires:

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