dimanche 30 mars 2014

Monseigneur ou l'affaire du cinématographe


Galice, 1912, l'invention des frères Lumière arrive dans les campagnes espagnoles. Curieuses, les foules se pressent en masse pour découvrir ces photographies animées.  L'affaire fait grand bruit. Surtout que les accidents ne sont pas rares. La moindre étincelle et c'est l'incendie.  Les opposants qui veulent interdire l'implantation de cinémas y voient une oeuvre du diable qui pervertit les âmes et les détourne du droit chemin. Dans la polémique qui fait rage et oppose violemment libéraux anticléricaux et catholiques, l'évêque de la ville est appelé à prendre position...

"Et, soudain, ce fut la merveille.  Une locomotive lancée à toute vitesse sur la salle provoqua panique et débandade."

A première vue, on pourrait penser que cette querelle est d'un autre âge.  Mais, à y réfléchir d'un peu plus près, on se rend compte que le débat de fond est criant d'actualité. L'intolérance n'est malheureusement pas l'apanage de cette époque ni de ce lieu ! Il suffit de voir ce qui se passe en France pour le moment autour de certains titres de littérature jeunesse pour s'en convaincre. Dans sa préface, Vincent Engel parle à juste titre "du conflit éternel entre le jour et la nuit, les lumières et l'obscurantisme."

A travers ce texte, on découvre un homme d'église en avance sur son temps : profondément humaniste et rationnel - malgré la haute fonction qu'il occupe. Curieux de tout, il fait la part des choses et évite les œillères que portent ses contemporains.  Il s'empêche aussi de tomber dans le "mysticisme illuminé" qui l'entoure.
"Affaire du cinématographe.  Ne pas céder devant les agissements contraires à l'Eglise.  Tout est permis, mais tout ne convient pas ; tout est permis, mais tout n'édifie pas ; que nul ne cherche son propre intérêt, mais celui d'autrui.  Paul, I Cor. 10, 23-24."
On s'attache à l'homme présenté à la fois comme quelqu'un de humble et d'intelligent.  Il aime lire, en particulier les journaux et les revues pour lesquels il éprouve un véritable engouement, les plaisirs simples de la vie : les promenades dans la campagne, un bon repas...  Mais cette affaire va finir par avoir raison et de son sommeil et de son appétit...

Pour faire valoir sa confiance en l'humanité, il devra se battre contre les idées préconçues de son entourage, quitte à se retrouver isolé et à devoir ruser pour diffuser ses idées.

A travers ce texte, on découvre également tout le poids des médias.  Par presse interposée, chaque clan tente d'imposer SA vérité.  Et les coups bas pleuvent.

Ce récit se lit comme un polar.  Monseigneur va-t-il arriver à ses fins, faire triompher la lumière, ou bien le rouleau compresseur de l'Eglise et des idées conservatrices aura-t-il raison de lui ?

Un texte dense mais fluide à la fois qui se lit d'une traite et ne s'oublie pas. Une très belle découverte d'un récit qui, malgré ses trente ans, a toujours énormément de succès en Espagne.  Merci aux éditions Ker de nous le faire découvrir en français dans une traduction impeccable.

Pour aller plus loin :

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