samedi 1 février 2014

Le violon de la rue Lauriston


Imaginez...  Vous êtes un jeune Afghan, vous avez trouvé refuge en Belgique et tissé des liens avec des "parents adoptifs", vous tentez d'apprendre un métier à mille lieues de vos rêves de musicien mais qui vous permettra de rester loin de la mort, ... Et puis, un matin, la mauvaise nouvelle tombe : vous pouvez être expulsé à tout moment, être renvoyé "au milieu des larmes et des souffrances" ! Que faire ? Attendre l'inéluctable ?  Fuir et retrouver votre ancien maitre de musique réfugié à Venise ?

"Akram Sangari, son professeur de violon quand il était encore heureux. Quand la vie était belle encore pour lui en Afghanistan. Quand son père et sa mère n'avaient pas encore été abattus par des militaires alors qu'ils manifestaient dans la rue, un matin d'avril.  Quand son frère et sa soeur n'avaient pas encore été arrêtés et jetés en prison.  Quand il chantait encore avec les oiseaux."
Il y a quelques années, un fait divers a défrayé la chronique en Belgique. Sémira Adamu, une jeune réfugiée qui avait fui un mariage forcé au Niger, est morte, asphyxiée par le coussin que les policiers chargés de son expulsion lui apposaient sur le visage pour la contraindre au calme.  Cette histoire qui avait choqué l'opinion publique est restée dans ma mémoire. Claude Raucy y fait référence lui aussi dans son récit. D'entrée de jeu, dès la première page, il évoque également  cet autre drame plus récent d'Aref, un jeune Afghan de 20 ans renvoyé dans une région considérée "sûre" et abattu dès son retour dans son pays d'origine ! Histoire de prévenir le lecteur : l'histoire que je vais vous conter pourrait, elle aussi, se terminer dans les larmes et le sang... 

Dans ce texte, en quelques mots simples, qui sonnent particulièrement justes, on se retrouve dans la peau et dans les pensées de Parwais,  un jeune Afghan de 16 ans qui rêve SIMPLEMENT de liberté et de sécurité.  
"Une sorte de pudeur le retient toujours de parler de son passé.  Un peu comme si évoquer les ruines pouvait détruire ce qui est patiemment reconstruit."
On comprend que derrière cette politique d'immigration dont on nous rabâche les oreilles aux infos, il n'y a pas que des statistiques mais des hommes, des femmes, des enfants meurtris par la vie, par la mort qu'ils ont côtoyée de près, des êtres humains qui ne demandent qu'à vivre dans la dignité et le respect.

Malgré un préambule musclé qui nous fait craindre le pire, Claude Raucy choisit de nous proposer un final plus optimiste.  La fleur de l'espoir peut naitre du pire.  Son héros devra son salut à la musique et à son don pour le violon mais aussi aux heureuses rencontres qu'il va faire tout au long de son périple : Kaboul - Liège - Bâle - Venise.  

Alors, me direz-vous, pourquoi ce titre ?  Quel lien entre la rue Lauriston, cette rue tristement célèbre, siège de la Gestapo française, liée aux exactions des collabos allemands pendant la seconde guerre mondiale et le devenir d'un jeune Afghan en situation irrégulière ? Tout simplement parce que les objets comme les hommes ont droit à une seconde chance...
"On te confie une mission difficile : remplacer les fausses notes de jadis par des accords mélodieux.  Couvrir les cris de haine par des chants de fraternité." 
Un petit livre qui remplit à merveille cette mission !  A destiner aux plus jeunes mais aussi aux plus vieux qui oublient trop souvent de réfléchir avec leur cœur !

Pour aller plus loin :

3 commentaires:

  1. Je ne connais pas ce titre mais, de Claude Raucy, j'ai lu "Le doigt tendu" que j'ai adoré.
    Bonne soirée.

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  2. Je l'ai commandé et je viens de le lire. Un sujet d'actualité mais une histoire qui finit un peu trop bien, non?

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    1. Oui, c'est vrai Philippe mais, malgré ce happy end, les élèves n'en sont pas moins interpellés par le sujet ! C'est un titre qu'ils apprécient beaucoup.

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