vendredi 1 novembre 2013

Fanfulla


Mai 1527, les Lanquenests, mercenaires à la solde du plus offrant, mettent à sac Rome, compensant par le pillage la solde qu'ils n'ont pas perçue.  Le géant Fanfulla da Lodi, reconnu pour sa bravoure au combat, est parmi eux.  Lors d'une rixe avec ses compagnons d'armes, il sauve un homme d'église puis, plus tard, une jeune fille en détresse...  Ses actes de générosité ne le rassure nullement sur le salut de son âme !  Il faut dire que le bougre s'enivre tout autant de vinasse que de batailles.  Blessé lors d'une énième escarmouche, il est emmené par Maurizio dans un couvent de Franciscains   Deux ans plus tard, les deux amis ont enfilé la bure et se retrouvent à Florence, assiégée par les Médicis. L'appel des armes se fait très vite ressentir !  

"Voilà, pour faire court, frère Tomaso, on n'en peut plus !  Vous dites : La paix soit avec vous...  Eh bien, moi, j'en ai marre de la paix...  et puis, vous savez, je ressens une grande envie de guerre..."

Cette bédé de 1967 est une oeuvre méconnue d'Hugo Pratt, le créateur de Corto Maltese.  Avec cette réédition de la toute jeune branche B.D. de l'école des loisirs, Rue de Sèvres, elle subit un lifting salvateur.

Plusieurs changements ont été apportés par rapport aux éditions antérieures. Tout d'abord, la bédé nous est présentée dans un format à l'italienne (ou format paysage) ce qui permet de déployer un double strip par page avec des vignettes bien plus grandes qu'à l'origine.  Des 45 planches initiales, on est passé à plus de 110 planches.  Les dessins ainsi que la découpe sont ainsi bien mieux mis en valeur.  





Ensuite, les pages alternant au départ une bichromie ou trichromie ont été recolorisées dans des nuances plus sobres, plus au goût du jour...  

Voilà pour le côté "technique".  Pour ce qui est du dessin, on reconnait bien sûr la patte du maître avec ses grands traits noirs caractéristiques, un style bien à lui que j'ai pour ma part découvert grâce à son album dédié au père du Petit Prince, Saint-Exupéry Le dernier vol.

Quitte à faire crier les fans, je dois avouer que ce qui me plait chez cet artiste, c'est davantage l'ambiance créée par ses dessins que les dessins eux-mêmes.

Et ici aussi, malgré le sujet fort guerrier, la magie opère  à nouveau.  La collaboration avec le scénariste Mino Milani n'y est sans doute pas étrangère non plus. 

Les auteurs mettent en scène un vaillant condottiere qui combattit dans les principaux faits d'armes du XVIe siècle italien, Fanfulla da Lodi (de son vrai nom Bartolomeo Tito Alon).  Leur représentation du personnage de Fanfulla n'a vraiment rien de sexy : grand, barbu, borgne, légèrement chauve, au nez crochu, il a tout de l'anti-héros par excellence.  Son tempérament ne plaide pas non plus en sa faveur. Bagarreur, ivrogne, il a tout du soudard qu'on craint rencontrer dans une ruelle sombre.  Et pourtant, sous ses dehors frustres, il partage les idéaux des chevaliers et est prompt à défendre la veuve et l'orphelin, peu importe le clan dans lequel ils se trouvent.

Ces qualités lui seront d'un grand secours dans cette aventure mais pas uniquement.  La chance lui sourira également.  A moins que ce ne soit la protection divine...  Flanqué de ses deux compagnons d'armes, Maurizio et Rodriguo, à l'allure tout aussi misérable, il devra ruser, se battre, déjouer complots et trahisons...  Et lorsqu'il y arrive, il en devient (presque) beau !



Si cet album s'inscrit dans une réalité historique bien précise, celle de la guerre des clans pour la possession des grandes cités italiennes, c'est bien le personnage de Fanfulla qui sort du lot et donne à cette bédé tout son pouvoir narratif !  C'est qu'on finirait par s'attacher à ce soldat de fortune qui manie aussi bien l'épée que la divine bouteille...

Pour la petite anecdote, on apprend dans la préface signée Antonio Carboni qu'Hugo Pratt et son employeur ne s'entendaient guère et que cet album mit fin à leur collaboration de cinq années.  Ceci explique peut-être cette vignette surréaliste en fin d'album où, en arrière-plan, on observe deux personnages complètement anachroniques dans cette Italie du XVIe siècle !


  

En bref, une réédition de luxe, à la fois moderne et attractive, qui permet de (re)découvrir cette oeuvre oubliée.  


Cet album s'inscrit à merveille dans le 


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