jeudi 31 octobre 2013

Un Halloween d'enfer

Photo : Zakka Life, crafts, recipes & life
http://zakkalife.blogspot.be/2010/10/halloween-craft-chalkboard-pumpkins.html
Pierre était installé, comme à l’accoutumée, devant la télévision.  Il était passé dix-neuf heures.  A son grand désarroi, les gosses déguisés n’allaient pas tarder à se pointer devant chez lui et, comme chaque Halloween, il aurait droit à la question rituelle et agaçante du jour :

« Des bonbons ou un mauvais sort ? » 

Ses parents avaient, d’ailleurs, acheté tout un stock de bonbons en tout genre : de toutes les couleurs, de toutes les formes, pour tous les goûts …  Ils en avaient même rempli un énorme sac en toile de jute.  Mais son père et sa mère étant conviés à un dîner de gala, Pierre passait la soirée seul chez lui devant son écran de TV à se goinfrer des confiseries normalement destinées aux petits visiteurs qui n’allaient tarder. 

« Pourquoi donc gâcher toutes ces bonnes choses pour de stupides mioches ! » pensait-il en s’enfournant une énième petite citrouille en chocolat dans la bouche. 

Comme vous l’aurez compris, du haut de ses 15 ans, Pierre ne supportait pas les enfants.  Il les détestait même !  D’ailleurs, à l’école, il adorait tyranniser les plus jeunes.  

         Ce matin encore, il avait enfermé un petit garçon dans un casier avec une horrible araignée en plastique,  sachant fort bien qu’il souffrait d’arachnophobie.  Ah ! ce que Pierre avait bien rigolé !  Il s’était tant amusé qu’il avait déjà établi un nouveau plan des plus machiavéliques pour le lendemain.  Ce gamin avait de quoi s’en faire !  Si une vulgaire araignée en plastique le terrifiait déjà, qu’est-ce que ce serait avec une vraie !?  Cette pensée fit naître un léger sourire narquois sur ses lèvres.  

         Il regarda, un instant, par la fenêtre.  Il faisait déjà sombre dehors mais les bruits tonitruants de la circulation ne diminuaient pas en intensité pour autant.  Quand on habite une petite maison au coin d’un carrefour en plein centre de Paris, il ne faut pas s’attendre à des miracles.  Mais, à ces sons assourdissants, Pierre n’accordait nulle attention, il vivait là depuis toujours, il était habitué.  Son émission favorite fut alors, à son grand mécontentement, coupée par un flash info :

« Nous interrompons votre programme pour vous faire part d’une nouvelle des plus alarmantes.  En effet, un patient de l’institut psychiatrique Saint-Pierre est porté disparu depuis plusieurs heures.  Il aurait été aperçu dans les environs de Paris armé d’une tronçonneuse.  Nous recommandons à tous la plus grande prudence : cet individu est dangereux… »

Pierre éclata de rire.  Décidément, les médias ne savaient plus quoi inventer.  L’an passé, pour leur blague d’Halloween, ils parlaient d’un vampire buveur de sang  errant dans le centre de Paris !  Vraiment n’importe quoi ! 

Ding Dong ! 

Quelqu’un sonnait à la porte, sans doute les enfants.  Soupirant, Pierre se saisit du sac de bonbons ou, du moins, ce qu’il en restait et se dirigea vers la porte d’entrée.  Lorsqu’il l’ouvrit, ses yeux s’écarquillèrent de surprise.  Il n’y avait personne…   mais vraiment personne !  Plus aucun bruit ne se faisait entendre, les voitures, à l’arrêt, se trouvaient vides et abandonnées.  Le silence s’insinuait dans la noirceur de la nuit tout comme l’inquiétude dans les tripes du jeune garçon.  Mais celle-ci se dissipa rapidement quand il remarqua une petite fille cachée derrière la boîte aux lettres.  Il posa les bonbons et s’approcha d’elle, lui demandant ce qu’il se passait.  La gamine sourit et se mit à rire, ses petites dents d’enfants s’allongèrent et s’aiguisèrent jusqu’à atteindre chacune dix centimètres de long, plus pointues que celles que pourraient posséder un vampire.  Ses yeux s’obscurcirent et un liquide visqueux et immonde s’en écoula.  Le teint blafard, l’adolescent se décomposait à vue d’œil, terrifié. 

« Tu vas le découvrir très bientôt ! » lui lança-t-elle en ricanant de manière totalement hystérique.  



    Horrifié, Pierre s’enfuit ventre à terre, hurlant à pleins poumons, jusqu’à chez lui.  Après avoir claqué la porte, affolé, il se dépêcha de verrouiller l’entrée. Son cœur battait la chamade.  Qu’est-ce que c’était ?  Un démon ?

« Tu es foutu mon ami ! » 

Épouvanté, Pierre sursauta.  Une citrouille venait de lui parler et, maintenant, elle riait aux éclats !  Des gouttes de sueur perlaient sur le front du malheureux. 

Criiiiii ! 

Ces grincements provenaient de la porte d’entrée.  Paniqué, son pouls s’accéléra de plus belle et il se rua sur le placard pour s’y réfugier.  Il y faisait noir comme dans un four.  Enlacé par les ténèbres, Pierre avait la désagréable impression d’être en contact avec une matière gluante.  Angoissé, il appuya sur l’interrupteur et poussa un cri strident.  Une araignée poilue et velue de la taille d’un gnome avançait dans sa direction mais, coincé dans sa toile, il ne pouvait pas s’échapper.  

        Ce n’était pas possible, il était en plein cauchemar !  Mais oui, c’était ça !  Il rêvait !  Dès qu’il ferma les yeux, tout redevint paisible et calme... jusqu’à ce que le bruit strident d'un moteur se mette à résonner dans sa tête.  Lorsqu’il rouvrit les yeux, il ne se trouvait plus dans son placard mais devant la porte d’entrée.  Un jeune adolescent gisait à ses pieds dans une mare de sang, les yeux écarquillés, un sac en toile de jute rempli de bonbons serré contre lui.  Sa vision se brouilla et il put seulement apercevoir une ombre s’éloigner de lui.

         Puis, le noir régna.  

        Pierre s’apaisa, quittant le purgatoire pour reposer en paix.  Il échappait de justesse aux Enfers…


***

Quelques jours plus tard, un homme et une femme pleuraient sur la tombe de leur fils assassiné, un soir d’Halloween, sur le seuil de sa porte, par un fou armé d’une tronçonneuse…


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