mardi 6 août 2013

Les mains coupées



Une femme.  Un appartement...  mis en vente.  Rester ?  Le quitter ?  Cet appartement vieillot, sombre et délabré qui l'enferme depuis treize ans et qu'elle hésite à quitter, c'est un peu la métaphore de cette vie qu'elle ne vit pas.  Elle aimerait s'en affranchir, elle voudrait partir.  Mais les entraves sont multiples.  Le quitter, c'est s'accepter, accepter de vivre, de s'ouvrir à la lumière...

Tout ce questionnement intérieur la renvoie à ses blessures du passé, ses blessures de l'enfance, sa différence, sa honte d'avoir des mains blanches, des mains pour écrire plus que pour vivre, de ne pas avoir les mains noires de sa famille...
 
 
A la lecture de ce court récit en partie autobiographique, j'ai directement pensé à l'émission belge "Strip-tease : l'émission qui vous déshabille", où l'on entre dans l'intimité des gens avec un curieux mélange de plaisir et de gêne.  Cette impression est d'ailleurs renforcée par l'illustration de la première de couverture.  Derrière ce rideau, le personnage se met littéralement à nu en nous décrivant son appartement et celle qui y vit mais surtout en nous dévoilant son moi intérieur et les conflits psychiques qui s'y jouent. 
 
 
Cette mise en abyme a de quoi surprendre, habitués que nous sommes - pour nous protéger -à observer les gens de l'extérieur.

 

L'écriture interpelle elle aussi.  Elle jaillit par bribes, suivant au plus près le flot des pensées contradictoires du personnage, pensées qu'il couche avec violence sur le papier. 
 
"Tu éclates tes yeux à force de vouloir écrire, toujours écrire.  Tu éclates ta bouche avec les mots que tu ne prononces pas.  Tu éclates tes doigts.  Crac !"
 
Ainsi, on passe sans cesse du "je" au "tu" et même au "elle".  Ce n'est que lorsque le personnage a pris sa décision que le texte retrouve un débit serein et que les phrases se font plus longues, moins heurtées.
 
Au-delà de tous ces éléments qui peuvent laisser perplexe, j'ai été séduite par le message d'espoir qui clôt le récit et par l'hommage qui est rendu au pouvoir quasi thérapeutique de l'écriture :
 
"Ecrire c'est parler...  et laisser une trace de soi.  C'est dire l'existence.  Je suis." 
S'il n'y a qu'une seule phrase à retenir de ce texte très personnel qui ne laisse pas indifférent, c'est la suivante :
 
" C'est beau une main qui écrit" !

Pour aller plus loin :
 

1 commentaire:

  1. Merci pour ce post qui me touche... Et je comprends la gêne qu'éprouvent certaines personnes (peut-être pas trop habituées au monologue intérieur?).
    Pour la part autobiographique, c'est le fait que j'ai du partir d'un appartement. On ne m'a pas donné le choix. Le reste, pour une grande partie, est de la fiction. Et puis, il me semble qu'il y a toujours de soi dans ce qu'on écrit, même si c'est de l'imaginaire. L'imaginaire vient de notre cerveau, et pas d'une inspiration qui viendrait du ciel.
    Merci pour ce billet.

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