lundi 22 juillet 2013

Tabou


""L'homosexualité est un élément parmi tant d'autres."  Rien ne me paraît plus juste que cette phrase.  Je me demande pourquoi on oublie tous les autres aspects d'une personne lorsqu'on apprend qu'elle est homosexuelle."
 
Au vu des débats houleux qui se sont déroulés en France à l'occasion du vote de la loi pour le mariage pour tous, j'ai eu envie de relire ce titre de 2003 de Frank Andriat.  Il faut dire aussi que je vous prépare une surprise le concernant...  mais chut, c'est pour le début du mois d'aout.  Revenons à notre sujet premier.
 
Il y a plus de dix ans, le 30 janvier 2003, la Belgique est devenue, sans heurt, le deuxième pays au monde à reconnaitre le mariage homosexuel.  Depuis le 30 juin 2006, les homosexuels peuvent non seulement se marier mais également adopter en toute légalité. 
 
Bien évidemment, si les mentalités ont évolué, les agressions homophobes sont malheureusement toujours présentes et il n'est toujours pas facile d'avouer son homosexualité, a fortiori lorsqu'on est adolescent et qu'on se cherche encore.
 
Tel est le point de départ de cette histoire.  Même si cette loi n'a suscité que peu de remous chez nous, le thème de l'homosexualité chez les adolescents était plus que tabou à l'époque en littérature jeunesse et, avec ce titre, Frank Andriat, a fait figure de pionnier.
 
Ce récit débute par le suicide de Loïc.  Situation traumatisante pour ses camarades de classe qui ne comprennent pas son geste.  De fil en aiguille, ils en découvrent la raison : le jeune homme n'a simplement plus supporté vivre dans le mensonge et taire son homosexualité.  De ce drame va naitre la réflexion et l'évolution des mentalités...
"Je ne cherche (donc) pas à prouver quelque chose en écrivant, je ne donne pas de leçon de morale, je me contente de décrire les hommes tels que je les éprouve, avec le plus de justesse et le plus de respect possible."
nous confie l'auteur sur son site.  Et c'est bien le cas ici où l'on suit le cheminement de trois camarades de classe.  Entre rejet, questionnement, doute, acceptation, compréhension, le débat se veut contradictoire certes mais, au final, serein et respectueux. 
D'un côté, il y a Réginald qui, de prime abord, rejette tout d'un bloc, déchiré entre ses amitiés sincères et son aversion pour les homos.  De l'autre, il y a son meilleur ami, Philippe, qui s'enferre dans les mêmes mensonges destructeurs que Loïc.  Entre les deux, Elsa, une jeune fille bien dans ses baskets, qui leur tient le discours de l'ouverture et de la tolérance. Toutes les questions sont posées, sans tabou ! 
 
"Une fois de plus, le cortège habituel de questions sans réponse défilait cruellement dans ta tête : pourquoi devient-on homo, comment le devient-on, est-ce une maladie comme l'affirment certains, est-ce le fruit de l'éducation qu'on reçoit, est-ce dû  à une modification génétique, en guérit-on et d'ailleurs, faut-il guérir ? (...)  Peut-on vivre heureux quand on est homo ? (...) peut-on être homosexuel au quotidien, tout simplement ou faut-il nécessairement le revendiquer lors de manifestations carnavalesques ?  Si tu suis le modèle de ces gens-là, tu as l'impression que tu t'excluras de la société, que tu t'enfermeras dans un ghetto, mais, lorsqu'on se découvre homo, ne découvre-t-on pas en même temps que l'on est définitivement minoritaire ?  Ces défilés ne sont-ils pas avant tout une manière qu'ont les homos pour dire leur fierté d'être tels, une manière de s'assumer dans la joie ?"  
 
Pour encadrer leur réflexion et tenter de répondre à leurs interrogations, il y a la figure bienveillante de l'oncle d'Elsa.  Grâce à son expérience et son métier de psychologue, il arrive à dédramatiser les choses et à leur faire comprendre que, même s'il n'est pas simple de s'assumer différent, "ce n'est pas une tare", l'avenir n'est pas nécessairement noir et le bonheur est toujours à portée de main. 
 
Du côté narration, on retrouve avec plaisir le style de l'auteur : à la fois simple et empreint de bon sens mais également plein de poésie et de délicatesse.  Dans la deuxième partie, "Philippe", il renoue avec la narration en "tu" qui m'avait surprise et énormément plu dans "L'amour à boire".
 
En bref, un titre fort, encore et toujours d'actualité, à lire et à faire lire !

2 commentaires:

  1. Celui-ci, je m'en souviens bien. Il est écrit avec beaucoup de sensibilité, je trouve.
    Tu t'es lancée dans les Andriat, je vois.

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    1. Oui ! C'était pour préparer l'interview qu'il m'a accordée et qui sera publiée A l'ombre du grand arbre le 5 aout :-)

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