dimanche 21 juillet 2013

La femme de nos vies

 
 
 

La femme de nos vies est un roman qu'on ne lâche pas, qu'on lit d'une traite jusqu'à la toute dernière ligne, remerciements compris.

L'histoire débute de nos jours, dans une chambre d'hôpital, à Hadamar, une charmante bourgade allemande.  Au chevet d'une vieille dame centenaire dans le coma, se rencontrent deux personnes qui ont bien des raisons différentes d'être là.  D'une part, sa petite-fille, une avocate française qui n'a qu'un seul désir : en finir le plus vite possible avec cette grand-mère qu'elle ne connait pas mais considère comme un monstre.  D'autre part, un vieil homme qui a parcouru plus de six mille kilomètres pour retrouver celle qui a changé le cours de sa vie.  Dès l'instant de leur rencontre, il n'a de cesse de la réhabiliter aux yeux de sa petite-fille.   C'est son devoir de mémoire !  L'histoire qu'il lui conte est plus qu'extraordinaire !  Sa grand-mère n'est pas la nazie que l'histoire a retenue.  Bien au contraire, elle a tenté de "laisser une trace d'amour sur terre."

Guidé par ses mots, dans un long monologue puisqu'il reprend même ses questions à elle, on fait un bond de soixante-ans en arrière pour replonger dans les années les plus noires du siècle passé.  Janvier 1941, sous la direction d'Himler, les autorités construisent dans le plus grand secret la première chambre à gaz.  Ce sont les petits pensionnaires de l'hôpital psychiatrique d'Hadamar qui seront les cobayes de ces douches de l'horreur.  Un seul en rescapera et bien plus encore puisque, au départ d'une supercherie inimaginable (que je vous laisse découvrir), il aura une destinée hors du commun.  

Ce récit évoque bien évidemment une des pages les plus sombres de l'Histoire mais, élément original, on la vit de l'intérieur, du côté allemand.  Ce point de vue est intéressant à plus d'un titre.  Il nous permet d'entrer au cœur de la manière de penser des hauts responsables allemands, Hitler en premier.  De (re)découvrir les forces mais surtout les failles de ce régime bâti sur la haine et la peur de l'autre; ainsi que l'opposition interne qui, au fil du temps, s'est organisée dans l'ombre.

Par le biais de ce récit, on plonge également dans l'histoire de la physique nucléaire de la fin du XXe siècle.  Ces références, certes un peu ardues, rendent le récit encore plus crédible.  La rencontre entre le narrateur et Albert Einstein constitue quant à elle une page particulièrement croustillante. 

Si les aspects historique et scientifique fournissent le cadre de ce récit, son succès repose surtout sur l'histoire d'amitié et encore plus sur l'histoire d'amour sous-jacentes qui en tissent la trame.  Des histoires profondes où le don de soi, le sacrifice, la passion sont au rendez-vous.  Bien longtemps après avoir refermé ce volume, vous vous souviendrez de la raison pour laquelle notre narrateur est à la fois mort et né un 13 janvier 1941.  Vous vous souviendrez également de cette passion adolescente, jamais démentie, qui l'a poussé à se dépasser tout au long de sa vie.   

En bref, un récit passionnant qui ne vous laissera pas indemnes mais vous redonnera foi en l'être humain.

Deux légers petits bémols cependant.  Le premier, déjà évoqué, concerne cette narration à une voix qui de prime abord déroute quelque peu.  Le second concerne le final où, après la force du récit de vie relaté par le narrateur, on retombe un peu dans un train-train de la vie moins porteur.

4 commentaires:

  1. superbe critique. ce livre est dans ma PAL et ça me renforce dans l'envie de le lire. Toutes les critiques que j'ai lu jusqu'à présent sont excellentes.
    A bientôt.

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    1. Merci ! Je lirai ton avis avec intérêt... A bientôt.

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  2. Avec VC, j'hésite. J'ai été déçu plusieurs fois.

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