dimanche 16 juin 2013

Né maudit

"J'étais "mal né", comment pourrais-je bien vivre ?"

François est "mal né".  Fruit d'une liaison "contre-nature" entre une Française et un "sale Boche", il n'en finit pas de payer pour un crime qu'il n'a pas commis... 
 
Avec ce titre, Arthur Ténor nous remue les tripes en nous contant le destin de cette enfance brisée, malmenée par la vindicte d'une population aigrie par quatre années de guerre.
 
Abandonné par sa mère, arraché à une famille d'accueil aimante par une grand-mère qui lui fait payer très cher son infamie, humilié par ses camarades de classe, traité comme un moins que rien, "une poussière de doigts de pied", par son instituteur, François aura-t-il le droit d'être aimé comme un petit garçon comme les autres ?
 
La réponse nous est donnée avec 60 ans d'écart puisque l'histoire débute alors que l'enfant est devenu un homme âgé.  Avec lui, nous replongeons des années en arrière et revivons à ses côtés ce cauchemar que rien ne justifiait.  Et ce voyage ne laisse pas indemne.
 
"Alors que devais-je faire, face à cette méchanceté collective née d'un subtil mélange de bêtise, effet de foule, rancœurs et pincée de sadisme."
D'autres questions surgissent.  De celles qu'on préfèrerait ignorer.  La haine engendre-t-elle systématiquement la haine ?  Comment briser ce cercle vicieux ?  Et nous, comment aurions-nous agi ?  "Aurions-nous été pires ou meilleurs que ces gens ?"  chante Jean-Jacques Goldman.  J'ose espérer que le simple fait de déjà se poser la question augure le meilleur mais rien n'est moins sûr...   
 
Au-delà de cette chronique poignante d'une page peu glorieuse de l'après-guerre, l'auteur nous délivre néanmoins un message d'espoir : l'amour est (malgré tout) plus fort que la haine.  Et si la pardon n'efface rien, il permet cependant de faire le deuil, de tourner la page, d'aller de l'avant...
 
Une histoire à mettre entre tous les mains, qui nous rappelle encore et toujours le 1er article de la déclaration universelle des droits de l'homme :
 
"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité."  
Le lecteur sera également vivement intéressé par l'interview qui clôt ce récit.  L'auteur s'entretient avec Daniel Rouxel, l'un de ces enfants "nés maudits".  Un témoignage bouleversant, une belle leçon d'humanité aussi :

"Avec tout ce que j'ai enduré, tout ce que j'ai vécu, j'aurais dû devenir une personne méchante, et ce n'est pas le cas."
 Un récit à lire d'une traite !

6 commentaires:

  1. Un mot pour vous remercier d'avoir mis en ligne une présentation de ce roman qui m'est particulièrement cher, bien au-delà de la satisfaction de l'écrivain. Arthur Ténor.

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    1. C'est sans doute pour cela que ce roman sonne si juste ! Merci à vous pour ce mot qui, lui aussi, me fait chaud au cœur :-).
      Hâte de vous lire à nouveau... et de découvrir ce fameux Roman d'horreur !!!!

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  2. Ce livre bien qui j'en suis sûr ne laisse pas indemne doit être lu. Je viens de finir Max de Sarah Cohen-Scali et les mots sont encore ancrés... Je garde tout de même sous le coude le nom de celui-ci pour une future lecture.

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    1. Merci pour ton commentaire Marine ! Pense que Max (qui est aussi sur ma liste...) doit être encore plus dur...

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  3. Il y a des destins injustes et poignants... Les écrire, c'est participer à la mémoire, les lire aussi donc, au moins pour garder notre humanité, car la barbarie n'est jamais loin.

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