samedi 2 mars 2013

Le Grillon, récit d'un enfant pirate


Il y en a qui rapportent de leurs voyages une petite babiole-souvenir.  Tristan Koëgel, lui, glisse  dans ses bagages une histoire à raconter.  Ainsi, Le Grillon, prend son origine dans un pays oublié des hommes où, sur terre, les chefs armés détruisent tout et, sur mer, les pirates font la loi : la Somalie. 
 
Ce récit fait écho à ceux évoqués il y a quelques années déjà par mon père et mon frère. Le premier qui, comme casque bleu, s'est confronté à la folie meurtrière des caïds somaliens qui détournaient les aides internationales pour s'acheter des armes et se faire la guerre.  Lui aussi, comme notre héros, s'est retrouvé avec une arme pointée sur la tempe...  Le second qui, avec son équipage de cargo, s'est fait rançonner par des pirates somaliens...  Autant dire que je l'ai lu avec avidité, surtout que celui-ci, malgré la noirceur des événements relatés, est empli d'espoir.
 
Dans cette histoire, un enfant coréen se retrouve au coeur de ce maëlstrom.  Seul rescapé de l'abordage du bateau de pêche de ses parents, le voilà recueilli par Samatar, le chef des pirates, qui s'attache à lui et lui donne le surnom de Le Grillon.  Son second père comme il l'appelle n'a pas toujours été pirate.  Dans une autre vie, il a même été professeur !  Mais la guerre l'a définitivement bousillé.  Bien sûr, à bord du bateau-mère des pirates, on est loin du pays imaginaire bon enfant de Peter Pan... 
 
"S'il a survécu, c'est parce que ses rêves, comme ceux de tous les enfants, sont bien plus puissants que les cauchemars des adultes."
Sur son chemin, il y aura la mer, son jardin à lui ; "Dress", l'image d'une filette en robe rouge issue de son imagier qui deviendra, dans sa solitude, son amie imaginaire ; ses rencontres éphémères mais non moins intenses avec Zainab et sa fille Aliyah ; son amitié avec Abdel qui rêve de redresser son pays et de prendre Grillon devenu Mostépha comme contrôleur de la solidité... 

Tout ce périple de vie nous est donné à connaître par un subtil va-et-vient entre le moment présent où le héros se retrouve, suite à une bagarre, devant le bureau du directeur de l'institut où il vit depuis presque deux ans et toute sa vie passée d'enfant-pirate.  Cette aventure, on la lit d'une traite, sans la lâcher, tellement on s'attache à ce petit coréen, ballotté au gré du bon vouloir des adultes...  Il jette un regard tantôt naïf tantôt d'une grande maturité sur tout ce qui l'environne : la vanité des actions des hommes en premier lieu.
"Les gens de la terre, ils découpent l'océan comme ils quadrillent leurs montagnes ou leurs plages !  D'une vague à l'autre, on passe du Kenya à la Somalie sans trop savoir pourquoi."
 
On se réjouit de découvrir que, malgré tout, c'est dans le pire qu'il y a le meilleur du monde.  Au coeur de cet univers de pirates qui tuent, rançonnent et pêchent avec leurs K-47 ; de cette terre détruite par la guerre, l'auteur fait naitre quelques bouffées de bonheur.  C'est par exemple le cas de cet hibiscus choyé par Warsame, l'un des pirates malgré lui, qui fleurit à bord de leur bateau ou de cet imagier tout racorni qui changera la vie du héros et lui permettra de s'émanciper de ce destin tracé par d'autres...

En conclusion, un récit prenant servi par une plume poétique que je vous conseille vivement.  Un destin qui ne peut que nous interpeller et nous rappeler combien les enfants-soldats sont nombreux de part le monde...
   
Pour finir de vous convaincre, voici les avis enthousiastes de :
     

4 commentaires:

  1. Réponses
    1. Merci Pépita ! Du coup, cette lecture finie, je me lance dans "Tête-à-tête" ;-).

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  2. Lire ton avis me donne presque envie de me replonger dans le livre, là tout de suite... mais il est déjà parti au CDI, tant pis!

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