samedi 27 octobre 2012

Chroniques martiennes (livre audio)




Voilà quinze jours que, chaque jour de la semaine, matin et soir, j'embarque à bord de mon vaisseau-opel-corsa pour des allers-retours entre Mars et la Terre.  Le trajet est court mais à chaque fois c'est l'évasion garentie.  La voix grave d'Hugo Becker m'emmène sur les pas de Ray Bradbury et de ses Chroniques martiennes.  Celles-ci nous content la colonisation de Mars par les Terriens. 
Sous ce récit de science-fiction, l'auteur dresse surtout une critique acerbe de l'homme et de sa propension à TOUT détruire.  Car, après avoir amené la Terre au bord de l'implosion, il semble bien parti pour reproduire les mêmes erreurs sur Mars et, au-delà, sur toutes les planètes du système solaire... 
Bien évidemment, certains passages ont mal vieilli.  Les chroniques à l'origine datées dans les années 2000 (1999 à 2026) ont été, par la suite, postdatées d'une trentaine d'années (2030 à 2057), ce qui accentue encore le décalage des idées.  Je pense en particulier à la chronique de juin 2034 où un certain Samuel Teece, homme blanc du Sud des Etats-Unis, s'oppose avec une virulence inouïe au départ des Noirs de sa ville.  Dans cette chronique, Bradbury évoque la ségrégation raciale dont étaient victimes les Noirs dans les années 40-50.  Heureusement, aujourd'hui, les choses ont évolué positivement...  Samuel Teece aurait sûrement été foudroyé sur place en apprenant l'accession de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis ! 
Si l'ensemble des chroniques forment un tout et se déroulent chronologiquement dans le temps (depuis l'échec des premières expéditions jusqu'au retour précipité sur Terre, en passant par l'arrivée massive des colons), chacune présente cependant un intérêt qui lui est propre et évoque, en filigrane, un thème particulier.  Ce qui explique que toutes ne m'ont pas plu de la même manière.  
J'ai aimé "Ylla" où l'auteur présente la jalousie comme un sentiment destructeur universel !  Ce fut le cas aussi pour "Rencontre nocturne" qui célèbre le dialogue impossible entre l'Homme et le Martien !  Tous deux vivent dans deux réalités qui ne peuvent coexister... J'ai beaucoup apprécié également "Usher II" où l'auteur rend hommage au grand Edgar Allan Poe, critique la censure intellectuelle que subissaient les artistes à l'époque et dresse les grandes lignes de son succès "Fahrenheit 451".  Même si cette chronique m'a semblé un peu à part des autres, elle m'a ravie par son humour noir !  Enfin, j'ai particulièrement souri à l'évocation de la mésaventure de Walter Gripp dans "Les Villes muettes", le dernier homme vivant sur Mars qui fait la connaissance de la dernière femme... 

Certaines m'ont également particulièrement remuées.  C'est le cas, entre autres, de "Les Hommes de la Terre" où les hommes de la seconde expédition, annonçant qu'ils arrivaient tout droit de la Terre, sont pris pour des fous et envoyés dans un hôpital psychiatrique car, sur Mars où les habitants sont télépathes et peuvent créer par la pensée des illusions qui dépassent la réalité, l'adage "Il faut voir pour croire" n'a aucune valeur !  Dans "...  Et la lune qui luit", on s'interroge sur le bienfondé de la colonisation.  Les hommes, en débarquant sur Mars, apportent dans leurs bagages, une maladie qui sera fatale pour les Martiens...  Non content d'annihiler un peuple, ils en détruisent par la suite les traces immémorables.  Une sorte de remake effroyable des colonisations sur Terre.  L'arrivée des prêtres dans "Les Ballons de feu" s'inscrit dans la même veine.  Imbus de leur supériorité, croyant à tort qu'ils peuvent sauver les âmes des Martiens, les hommes se rendent compte qu'en réalité c'est eux qui auraient beaucoup à apprendre dans ce domaine !

D'autres n'étaient que des charnières entre les chroniques et n'ont pas vraiment retenu mon attention.  C'est le cas, par exemple, de "La nuit d'été", "Le contribuable", ... 

Quant au style de l'auteur, il est davantage poétique et philosophique que scientifique et fantastique.  Vous n'aurez pas droit à une profusion de gadgets futuristes.  Au centre de cet univers de science-fiction, le sujet à étudier reste l'humain et son pouvoir d'auto-destruction !  Se dégage donc de ces chroniques, un grand sentiment de gâchis.  Pourtant, l'auteur nous laisse avec sa dernière chronique "Pique-nique dans un million d'années" sur une petite note d'espoir...  Et si, malgré tout, on pouvait TOUT recommencer...

En bref, des chroniques qui, même si un peu vieillies pour certaines, ont une portée intemporelle et universelle.  A l'écoute de celles-ci, on ne peut que s'interroger sur l'évolution humaine et son impact sur notre planète !  Un débat d'une cruelle actualité !
A (re)découvrir... 

Un extrait...



Livre audio reçu dans le cadre d'un Masse Critique de Babelio.  Merci à eux et aux éditions Thélème.

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