dimanche 23 septembre 2012

Pourquoi?



L'histoire:

La famille de Wafa a débarqué en France il y a quelques années déjà pour fuir la famine qui sévissait en Somalie.  La jeune fille se prépare au brevet et rêve d'entrer au lycée professionnel, dans la filière commerciale.  Mais peut-on avoir ce genre de rêve quand on est d'origine somalienne, qu'on est élevée pour se marier et faire des enfants?  De son côté, sa petite soeur, Makeda, née en France, se réjouit de voir arriver son anniversaire.  Six ans!  Sa petite soeur va avoir six ans!  Wafa réalise soudain ce que cela signifie et s'enfuit avec elle!  La question est POURQUOI?
 
Mon avis:
 
Voilà des années que je rechignais à lire ce titre. En raison du thème de ce récit: l'excision et l'infibulation des jeunes filles.  Je craignais les descriptions trop réalistes de ces mutilations génitales pratiquées pour empêcher le plaisir et garentir la virginité.  De ce côté-là, l'auteur reste sobre mais les quelques lignes qui l'évoquent resteront, je pense, gravées à jamais. 
 
Tout au long du récit, on est assaillis de "pourquoi"?  Aux interrogations de Cali et d'Abdourahim sur ce qui a poussé leurs soeurs à s'enfuir font écho nos propres questions quant au pourquoi de telles pratiques, interdites tant par la religion que par la loi.
 
L'auteure, sans se permettre le moindre jugement, y répond avec beaucoup de justesse. 

"Pas étrangère, pas africaine, pas nègre, pas black, pas noire.  Française!  C'était ça, ce qu'elle n'avait jamais eu le courage de crier à ses parents: je ne vous juge pas, je ne vous en veux pas, mais je ne suis pas comme vous, je suis française."

Wafa, comme ses deux frères, est tiraillée entre deux mondes: d'une part, le monde de ses aïeux, celui de sa grand-mère en particulier, avec ses impératifs économiques particuliers, et, d'autre part, le monde dans lequel elle s'est insérée, un monde dont elle envie la liberté et l'insouciance.  Il leur faudra faire un choix!

Ce choix constitue tout le suspense du livre et il vous sera bien difficile de le déposer avant la fin.  Mais, comme on dit: "Choisir, c'est renoncer"!  Aussi, l'issue elle-même, suscite de nombreuses nouvelles questions... 

Dernier point qui risque de surprendre quelques lecteurs, l'auteur prend son temps pour répondre à la question de savoir pourquoi les femmes somali ont toujours l'air triste.  Un temps en suspens pour, peut-être, reculer quelque peu l'inéluctable...  Cette façon de faire prépare le jeune lecteur aux révélations de la tante Halimo (le lecteur aguerri aura lui compris depuis le début quasi) mais permet également de suivre Wafa et sa petite soeur dans leur périple parisien.  Celui-ci m'a fait penser quelque peu au Zazie dans le métro de Queneau!  En effet, toutes deux, visiteront la Tour Eiffel et feront des rencontres truculentes...  L'occasion pour Moka de nous parler aussi d'un autre sujet d'actualité, celui des SDF...  A ce propos, la signification de ces lettres proposée par l'auteure est bien plus criante de vérité que le "sans domicile fixe" usuel:

"Wafa ne savait pas encore ce que SDF signifiait: Solitude - Désespoir - Faim.  La rue allait vite le lui apprendre."

En conclusion:  un titre que j'ai lu sous la contrainte mais qui, en définitive, valait vraiment qu'on s'y arrête!

Avec ce livre, je relève donc le challenge de Philippe du blog D'un livre à l'autre.  La contrainte de ce mois de septembre était un titre sous forme de question.



Et celui d'Evy de L'odyssée littéraire d'Evy, puisque l'auteur est française et que l'action se déroule en France, à Cherbourg et à Paris. 

 

2 commentaires:

  1. C'est ce qui est bien dans les challenges : lire un livre qui traine depuis longtemps ou que l'on n'aurait jamais lu, non?
    J'ai trouvé ce livre dans une caisse de bouquins dont on voulait se débarrasser. Je l'ai lu parce que j'aime assez Moka pas pour le thème qui ne m'attirait pas spécialement. C'est sûrement un sujet qui touche plus les femmes.
    Tu es la première à écrire ton billet pour mon challenge, première session. Merciiiiiiiiiiiii !
    La deuxième? chuuuuut. C'est encore secret.
    Je dévoilerai très bientôt la deuxième contrainte...
    Bonne semaine.

    RépondreSupprimer

Un petit commentaire, c'est toujours sympa...