mardi 3 avril 2012

Guerre - Et si ça nous arrivait?


"Avec des SI on mettrait
Paris dans une bouteille."

Janne Teller a relevé le défi.  Dans son essai "fictionnel", elle met non seulement Paris en bouteille mais également la France et, plus fort,  l'Europe entière (1) !

Son postulat de départ est le suivant:
"Et si, aujourd'hui, il y avait une guerre en France...  Où irais-tu?"

 (Cliquez sur l'image pour l'agrandir!)

Dans ce court texte présenté comme un véritable passeport, par un renversement astucieux de la situation géopolitique mondiale, elle s'adresse directement au lecteur, d'où l'emploi du "tu", et l'invite à se mettre dans la peau d'un réfugié politique.

Non pas d'un réfugié syrien, pour coller à l'actualité, mais d'un réfugié français !

Imagine ton pays détruit, ta famille décimée, ta vie menacée, la peur au ventre, l'exil au Moyen-Orient, les camps de réfugiés, le déracinement, la haine, le rejet, l'intégration difficile dans un pays étranger... 
Que ferais-tu ?  Que deviendrais-tu ?


"La vie est dure.  Rien n'est comme avant.  Il n'y a pas de travail, et surtout pas quand on est étranger et qu'on ne parle pas la langue.  Souvent, des gens s'énervent après toi dans la rue.  Au marché, on te vend les moins beaux légumes; au café, tu attends plus longtemps que les autres.  Tu as les cheveux bruns et la peau mate, mais tu ne peux pas dissimuler tes yeux bleus."


Son essai doit être pris comme un passeport pour davantage de tolérance,  d'humanisme et de progressisme.  Et comme un cri de rappel des fondamentaux :

"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits"
et
"Agissez envers les autres comme
vous voudriez qu'ils agissent envers vous". 


Bien sûr, si le récit à la 2e personne invite à se projeter personnellement dans l'autre, il faut bien l'avouer, l'exercice reste quelque peu abstrait...  En cause, notre nombrilisme solidement ancré mais peut-être aussi la brièveté du texte qui empêche de se faire progressivement à l'idée... 
Toutefois, il a le mérite d'ouvrir le débat et de jeter des ponts vers d'autres textes de fond sur le sujet.

Quant à la forme, ce livre qui a l'aspect et la taille d'un passeport se lit très rapidement.  A peine soixante pages entrecoupées d'illustrations explicites de Jean-François Martin. 

En conclusion: Un passeport que tous devraient avoir en poche, comme une invitation au voyage vers l'acceptation de l'autre !

P.S.: En lisant ce texte, j'ai directement pensé à une chanson de Francis Cabrel: African Tour... 

"Si on me dit, c'est chacun chez soi
Moi je veux bien, sauf que chez moi
Sauf que chez moi y'a rien

Vous vous imaginez peut-être
Que j'ai fait tous ces kilomètres
Tout cet espoir, tout ce courage
Pour m'arrêter contre un grillage"

Et si c'était toi, moi, nous, les réfugiés?


(1) Janne Teller a écrit une première version de ce titre en 2001 pour ses compatriotes danois pour qui : « L’éventualité de devenir un jour des réfugiés leur est aussi inconcevable que celle de vivre sur Mars. » Elle a retravaillé son texte pour l’adapter aux particularismes français. Elle explique ainsi dans une note en fin uvrage qu’elle a « fait le choix d’un régime autocratique nationaliste à l’idéologie impérialiste, qui chercherait à prendre le contrôle d’une Union européenne en train de s’effondrer. »

2 commentaires:

  1. Belle initiative que d'avoir cherche à se mettre à la place d'un immigré , on ne le fait pas assez souvent, j'ai bien envie de me procurer ce petit livre. Merci a toi pour la découverte!

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    1. Merci pour ton commentaire! C'est dans cette optique que Janne Teller a écrit ce petit texte. Dans sa note, à la fin du livre, elle écrit à propos de ses compatriotes: "L'éventualité de devenir un jour des réfugiés leur est aussi inconcevable que celle de vivre sur Mars."

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