jeudi 8 mars 2012

Tartelettes, jarretelles et bigorneaux


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Lorsque Sophie des Bavardages de Sophie (que je remercie pour cette initiative) a proposé ce petit challenge, j'ai longuement hésité.  Pas question de représenter un livre déjà lu ni, vu le délai de 24 heures, de s'engager dans une longue lecture... 

Finalement, j'ai remis la main sur ce titre de 139 pages de Françoise Dorner
"Tartelettes, jarretelles et bigorneaux" paru aux éditions Albin Michel en 2011.  
C'est le commentaire de la 4e de couverture qui m'a décidée:

"Ce face-à-face tour à tour féroce et tendre, drôle et torride, confirme tout le talent de Françoise Dorner, déjà salué par le Goncourt du premier roman et le Prix du théâtre de l'Académie française" 

Rien que ça!!!  Allez, c'est parti...  Une fois n'est pas coutume, je me fais plaisir et découvre un titre adulte, écrit par une femme de talent pour des femmes de talent!!!! 




L'histoire:

"J'ai voulu changer de vie et, tout ce que je fais, c'est remplir des cartons." 
Mariée pour de mauvaises raisons, séparée après la découverte de l'homosexualité de son mari, Liza veut changer de vie...  Mais, chasser le naturel, il revient au galop...  Attentiste dans l'âme, cette jeune femme est peu habituée à bousculer les choses ni à affronter ses semblables.  Pourtant, lorsqu'elle est confrontée à Ben, son déménageur, tout bascule... 

Mon avis:

Voilà un petit roman que j'ai apprécié.  L'histoire de ce huis clôt entre cette jeune femme à la croisée des routes et son déménageur, Ben l'éphémère, était un petit entracte savoureux.

Premièrement, côté fantasmes, on est servies!  Jugez plutôt: "Il me mettait mal à l'aise, avec son jean moulant et son tee-shirt collé à la peau par la chaleur.  Vingt ans, peut-être vingt-cinq, assez beau dans le genre narquois, très présent physiquement mais l'air ailleurs. (...)  Sauvage et fuyant.  Moitié guépard, moitié anguille." 

Vous en voulez encore plus?  Allez, juste pour le plaisir des yeux:

"Il a ramassé par terre un grand caleçon, style Damart.
- C'est à lui?  Vous l'avez gardé en souvenir?
- Je lui ai offert à Noël.  Il ne l'a jamais porté.
(...)
- Ben, je l'essaie.  Moi, j'adore les cadeaux.
(...)
Le déménageur est revenu.  Il portait juste le caleçon.  Sur lui, c'était carrément superbe.  Ce n'était plus un sous-vêtement contre le froid, ça devenait de la lingerie érotique."



Mais, ne vous méprenez pas, on est bien loin d'une simple histoire de jarretelles et de caleçons!  Cette rencontre va surtout être l'occasion pour les deux héros de se bousculer l'un l'autre et de découvrir, chacun, ce qui lui manque pour enfin VIVRE!  Liza devra faire le deuil de son enfance, celui d'une mère trop séductrice, d'un père distant.  Ben, l'orphelin, devra enfin s'avouer son manque de souvenirs de famille...  Sans se faire de cadeaux, chacun va balancer à l'autre ses quatre vérités...  Cette mise à nu étant finalement le plus beau présent qu'ils puissent se faire!

"Vous êtes fière de quoi dans vot' vie?  De ce qu'on vous a donné, c'est tout!  Vous avez jamais rien fait par amour, à part chialer sur vous-même et le temps qui passe, et mes p'tites chaussures, et mes p'tites tartelettes, et la p'tite pipe de Machin qui s'est barré, et la p'tite assiette de mon chat qui est mort!  Vous savez pas aimer les vivants!  Vot' père, si je vous avais pas dit "Allons-y", vous auriez jamais eu l'idée d'aller lui faire la surprise.  Vous seriez restée assise devant vot' caisse en attendant qu'il se noie, pour mettre son tuba dans vos souvenirs.  Vous n'êtes qu'une croque-morte.
- C'est masculin.
- J'm'en fous.
- Et c'est invariable.
- Ouais, c'est ça.  L'orthographe, ça vous sert de morale.  "J'ai zéro faute: j'ai la conscience tranquille."  Il me fait de la peine, vot' père, tiens!  Vous le méritez pas!"


Cette histoire nous renvoie immanquablement à nos propres entraves.  Combien sommes-nous, à l'image de Liza qui traine derrière elle tous ses cartons de souvenirs,  à laisser le passé nous ralentir voire nous immobiliser?  Il ne suffit pas de caser tout dans un carton et dans un coin de nos têtes pour être quitte de nos souvenirs.  C'est en les affrontant en face qu'on peut enfin aller de l'avant...  Voilà la morale de ce roman.

Côté style, on ne s'ennuie pas un seul instant.  On assiste à une alternance entre les réflexions de Liza et ses échanges tour à tour drôles, émouvants, vifs voire incisifs avec cet homme qui pénètre sa vie comme un météorite.  A voir Ben sortir et entrer de l'appartement au gré de la tournure que prenaient leurs conversations, j'avais quasi l'impression de vivre les scènes en direct et d'assister à une représentation théâtrale.  Ce qui n'a rien d'étonnant puisque l'auteure est réputée pour ces textes de théâtre...

Bref, une lecture plaisir qui tombe à pic en cette journée de la femme...  et qui nous rappelle que la liberté c'est peut-être avant tout en nous que nous devons la trouver!

4 commentaires:

  1. merci pour ta participation ! Je note ce titre qui m'intrigue !

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  2. Un roman très psy qui serait peut-être resté en dessous de la pile ad vitam aeternam sans ton intervention... Donc, c'est moi qui te remercie ;-)

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  3. Je le connais pas ce livre,il va me plaire aussi et je vais le commander pour mes lectrices et pourquoi pas mes lecteurs (je bosse dans une bibliothèque). merci pour cette découverte.

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    1. J'espère qu'il te plaira ainsi qu'à tes lectrices et lecteurs ;-)

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