mardi 20 mars 2012

Conte-moi un conte...


Ce 20 mars, c'est non seulement la journée internationale de la Francophonie mais également la journée mondiale du conte!

L'occasion fait le larron!

Je vous propose de découvrir ou de redécouvrir des contes qui font particulièrement froid dans le dos, ceux de l'auteur belge, Jacques Sternberg.

On y trouve fort peu de monstres horribles ou effrayants.  Ce qui est effrayant, c'est la vie de tous les jours...  Ce monde si familier du "métro-boulot-dodo" qui, si on y regarde d'un peu plus près, révèle bien des absurdités.  Incohérences que l'auteur tire souvent à l'extrême.

Aucune morale précise n'est à tirer de ces contes.  L'auteur cherche avant tout à nous faire douter, à remettre en cause ce qui semble bien établi!

Certains contes sont drôles, d'autres dérangeants voire cruels parfois.  Ils suscitent le plus souvent l'inquiétude et la peur parce qu'ils exacerbent certaines de nos craintes, certains de nos cauchemars...

En proposant des textes très courts et très sobres, Sternberg est d'une efficacité chirurgicale!

En voici quelques exemples, à servir glacés...



La bibliothèque

     Rien n'est mieux défendu contre le bruit que la bibliothèque.
     Seuls les muets, s'ils ne sont ni tuberculeux ni enrhumés, peuvent y entrer.  Mais en pantoufles de feutre, sans bagues ou montres-bracelets ou autres objets susceptibles de troubler le silence.
     Tous les deux mètres, dans les couloirs, des surveillants armés font respecter le règlement.  Dont l'essentiel est résumé par des panneaux d'acier.
     "Avancez lentement"  peut-on lire.  "Evitez de respirer par le nez".  "Ne heurtez pas les murs".  "Marchez sur la pointe des pieds".
     Les ordres deviennent plus précis, plus secs encore au seuil de la grande salle de lecture de la bibliothèque où deux panneaux géants dictent des consignes de poids.
     La première: "Défense de tourner les pages des ouvrages".
     Et l'autre: "DEFENSE DE LIRE".

Où le règlement finit par contredire la fonction même d'une bibliothèque!

***


Le tapis

     L'enfant avait placé une vaste caisse au milieu de la chambre et, depuis quelques heures déjà, il naviguait ainsi, brassant le vide, dévisageant l'horizon enfui dans le mur, le tapis figurant l'océan, la caisse un voilier de fort tonnage.

     Vers six heures, comme chaque soir à cette heure, le père rentra du travail.

     Il pénétra dans le salon, il eut le temps de désapprouver l'idée de son fils, il atteignit à cet instant le tapis, coula à pic et se noya.



***

 Les doubles



     Depuis qu'on avait inventé le miroir, l'homme avait eu le temps de penser à son reflet, il avait même eu le temps de le contempler, de le vénérer.  Il avait toujours eu pour son reflet toutes les indulgences et même toutes les adulations.
     Il avait tort.  Mais il n'eut pas le temps de méditer cette erreur.  C'est, en effet, par les miroirs que les êtres d'un autre monde envahirent la Terre.  Soudain, tous, en même temps.  Ce que les hommes avaient toujours pris pour un simple reflet de leur personne était en réalité leur double.  Un double étranger qui n'attendait que desordres venus d'ailleurs.  Ils vinrent un jour.  Et cette invasion ne laissa que peu de survivants parmi les Terriens.  Trop peu de survivants pour tirer la morale de cette histoire sans morale.

***
  Le point final

Dieu créa le monde en six jours, on l'avait assez dit.  Puis il se reposa le septième jour.
Cela lui permit de réfléchir.  Et terrifié par le monstre galactique qu'il venait de jeter dans les espaces infinis, il créa la mort le lendemain.




 Joyeuse fête du conte... 



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3 commentaires:

  1. Une journée du conte? Tiens, tiens, je n'en ai pas entendu parler!
    Je ne connais pas cet auteur belge.
    Bonne soirée.

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    1. Surtout connu comme nouvelliste! Franchement, à découvrir!
      Bonne soirée et merci pour tes visites régulières, ça fait plaisir!

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