samedi 14 janvier 2012

Le tombeau d'étoiles

"J'étais jeune alors, sans dégoût de l'existence, tel un soldat à l'aube d'une bataille et qui traverse d'un coeur léger une lande de terre sans savoir qu'elle sera bientôt entachée de sang et qu'elle deviendra son tombeau. J'allais sans crainte vers mon avenir; enivré de ce philtre sournois qu'est l'espoir; croyant encore tenir dans ma main la clef de l'Eden alors que c'était celle des enfers."

L'histoire:

Le narrateur, Didier Vandoeuvre, est au crépuscule de sa vie lorsqu'il décide de faire revivre son passé et de parler enfin de ces jours maudits du mois d'août 1944.
Trop jeune pour être enrolé de force, encore empli d'espoir, il passe avec ses compagnons des instants volés "Au verre Galant", le café d'un village de Savoie. Mais la guerre finit par les ratrapper...
Quatre jeunes du village sont injustement arrêtés par les Allemands, fusillés pour l'exemple et jetés dans l'Isère. Dans la même journée, Didier sauvera son meilleur ami et tuera un homme.
Ce secret gardé enfoui depuis tant d'années le ronge. Peut-être que s'il avait eu le courage d'avouer son amour à l'élue de son coeur, tout cela ne serait jamais arrivé...

Mon avis:

C'est à un constat bien amer que se livre le narrateur. "Je n'ai fait que rêver ma vie au lieu de vivre mes rêves" est-il amené à conclure à l'issue de son récit. Taisant ses sentiments, il est passé à côté de sa vie et se retrouve seul avec ses souvenirs, ses regrets et ses remords. On pourrait, c'est vrai, reprocher ce côté assez sombre du récit mais on ne peut pas vraiment en vouloir à l'auteur: c'est l'histoire avec un petit et un grand "h" qui veut ça. Que n'ai-je entendu mes grands-parents me narrer pareils drames de cette époque. Tout comme les personnages de cette histoire, ils ont été les témoins de la barbarie de l'occupant, de la vilainie des collaborateurs, du courage des résistants, de la difficulté de survivre au quotidien... Eux aussi se sentent aujourd'hui le devoir de "témoigner, avant que ces lueurs ne s'éteignent une à une, et que tout ne sombre et ne disparaisse à jamais dans les crevasses du temps."
Ce livre est à mon sens à prendre comme tel: un témoignage de cette époque...
Un seul regret peut-être: c'est la vision de ces jeunes gens qui passent leurs journées au café! Or, il me semble que cela ne colle pas vraiment avec le travail qu'ils devaient abattre chaque jour, tous les hommes en âge ayant pris soit le maquis ou étant déportés dans les camps de travaux forcés en Allemagne!

Quand à la forme, même si le style de l'auteur est moins léger que dans d'autres titres (Neige, L'Apiculteur, Opium), j'ai retrouvé avec plaisir sa finesse caractéristique tant dans la description des émotions que dans celles des paysages, toujours aussi colorées. Le récit en "je" donne également beaucoup de profondeur au narrateur.

 Enfin, petite anecdote, Eléonore, la jeune femme dont est secrètement amoureux Didier est d'origine belge. A l'issue de la guerre, elle retourne vivre en Belgique et s'installe à Namur. Cette référence à mon pays et à ma ville était sympathique...

En conclusion: Encore une fois une belle leçon de vie (même si elle arrive trop tardivement pour le narrateur et qu'on aurait pu espérer une fin plus heureuse - mais on ne change pas l'histoire), un récit intimiste qui plaira aux témoins de cette époque et à tous ceux qui s'intéressent encore à cette période de NOTRE histoire... J'espère qu'ils sont nombreux!

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