samedi 14 janvier 2012

Le miroir aux vampires





"Vezer Demetrios,
Je vous envoie respectueusement ce premier rapport en territoire humain. (...) Tout cela m'a presque donné envie de croire que les humains étaient enfin devenus une race évoluée. Mais, en les regardant vivre, j'ai pu me... rendre compte qu'il n'en était rien. Ces progrès techniques ne les ont pas transformés. Ils se comportent toujours comme des troupeaux de moutons, chacun copiant son voisin, l'imitant de son mieux, enviant ce qu'il possède. Leur inintelligence est désespérante. Ils ne méritent pas d'être traités autrement que du bétail."

J'ai lu d'une traite le livre de Fabien Clavel, Le miroir aux vampires.  J'ai découvert cet auteur lors d'un tchat organisé par les éditions Baam il y a quelques semaines. Intriguée tant par la couverture que par l'auteur, j'attendais beaucoup de cette découverte. Si j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre (447 pages quand même!) et ce jusque bien tard dans la nuit, cette lecture m'a toutefois quelque peu déconcertée.

Lors de nos échanges, je lui avais demandé ce qui différenciait son histoire de toutes celles qui pullulent pour le moment, outre le fait qu'elle se situe en France - ce qui n'était déjà pas mal en soi! Il m'avait répondu que l'originalité résidait dans son personnage principal qui de victime devenait héroïne... Et, en cela, il avait raison... La transformation de Léa se fait progressivement (ce qui a l'avantage de tenir le lecteur en haleine, même si j'ai deviné très vite l'idendité secrète de chacun des protagonistes)... Un peu (et c'est cette image qui est utilisée dans le livre) comme un organisme qui développerait des anticorps face à une attaque virale... A propos de la nature profonde de Léa, le tome 2 devrait nous en apprendre davantage... Je suppose également que les membres de sa famille vont avoir un rôle plus important à jouer...

J'ai également relevé d'autres originalités que j'ai appréciées: l'opposition entre deux races de vampires, les Sanguisugae et les Stryges (Ces derniers m'ont furieusement fait penser à V, peut-être à cause des similitudes avec les lézards!) et l'idée de l'existence de dimensions parallèles qui coexisteraient sans qu'on n'en ait vraiment conscience (Là, j'ai pensé à Fringe!). Rien de bien étonnant là-dedans car de l'aveu même de l'auteur, ses grandes sources d'inspiration se situent dans les séries TV comme Buffy, Supernatural, etc.

Autre point très intéressant, le plus intéressant peut-être, est toute la dimension idéologique sous-jacente contre laquelle se bat l'héroïne. Pour mieux asservir ses proies, l'ennemi tisse peu à peu autour d'elles tout un système sécuritaire et totalitaire. Je n'ai pu que dresser un parallèle avec ce que nous vivons en Belgique où un seul homme aux idéaux nationalistes et séparatistes, jouant sur la peur de l'autre, harangue les foules, bloque un système et plonge tout un pays dans la torpeur *. Fabien Clavel fait d'ailleurs référence à la situation dans notre pays, ce petit clin d'oeil m'a fait sourire, jaune! Quelle doit être notre image à l'étranger si on commence même à parler de nous dans les livres!

Autre ingrédient, l'école. Là, je n'ai pas été trop dépaysée même si toutes ces abréviations françaises, EST, CDI, EPS,... me sont un peu étrangères. Au fil de l'année scolaire qui s'écoule, on a un aperçu des matières abordées. De-ci, de-là, l'auteur appâte le lecteur en lui glissant quelques conseils de lecture, ... Stratagème malin de prof?

J'ai par contre été un peu surprise par la tournure que prenait la relation entre l'héroïne et sa cobox (colocataire de chambre d'internat)... Léa s'éveille à la sexualité et son coeur balance entre Léo et Nora, aussi énigmatiques l'un que l'autre. Cette référence à l'homosexualité est d'ailleurs assez récurrente dans l'histoire. Est-ce une volonté délibérée de l'auteur ou le reflet d'une tendance des séries TV? De manière plus générale, en ce qui concerne la jeunesse, la vision de l'auteur est loin d'être à l'eau de rose. Il relate notamment (à travers les yeux d'un personnage extérieur à ce monde) les excès des fêtes des jeunes où "il s'agit moins de célébrer la vie que de se frotter à la mort".

Finalement, c'est ce côté noir qui m'a déroutée de prime abord et qui explique cet avis un peu mitigé... Je pense qu'en lectrice avertie, je pourrai d'autant mieux apprécier le tome 2...

En conclusion, je ne pense pas proposer ce livre à mes jeunes élèves (12-14) mais le conseillerais vivement aux grands ados et jeunes adultes qui y trouveront une version originale et non édulcorée de leurs lectures du moment!

* Cet article a été rédigé au moment où la Belgique connaissait une grave crise politique et a battu tous les records de jours sans gouvernement! 

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