mardi 18 juin 2013

Joli mardi dans la lumière (54)

Avec ce titre, je débute un cycle Frank Andriat, auteur belge que j'aimerais vous présenter davantage cet été, ici et sur le blog collectif A l'ombre du grand arbre...





Page 31, on peut lire cette superbe phrase :

"- Quand une femme ferme les yeux, elle accueille toujours ce qui lui est le plus cher."

 


Le mardi sur son 31 est un rendez-vous hebdomadaire sorti tout droit de l'imagination fertile de Sophie des Bavardages de Sophie! Le principe est simple: tous les mardis, ouvrir le livre qu'on est en train de lire à la page 31 et sélectionner une phrase... L'occasion de parler de sa lecture en cours!



Et vous, que lisez-vous ?



dimanche 16 juin 2013

Né maudit

"J'étais "mal né", comment pourrais-je bien vivre ?"

François est "mal né".  Fruit d'une liaison "contre-nature" entre une Française et un "sale Boche", il n'en finit pas de payer pour un crime qu'il n'a pas commis... 
 
Avec ce titre, Arthur Ténor nous remue les tripes en nous contant le destin de cette enfance brisée, malmenée par la vindicte d'une population aigrie par quatre années de guerre.
 
Abandonné par sa mère, arraché à une famille d'accueil aimante par une grand-mère qui lui fait payer très cher son infamie, humilié par ses camarades de classe, traité comme un moins que rien, "une poussière de doigts de pied", par son instituteur, François aura-t-il le droit d'être aimé comme un petit garçon comme les autres ?
 
La réponse nous est donnée avec 60 ans d'écart puisque l'histoire débute alors que l'enfant est devenu un homme âgé.  Avec lui, nous replongeons des années en arrière et revivons à ses côtés ce cauchemar que rien ne justifiait.  Et ce voyage ne laisse pas indemne.
 
"Alors que devais-je faire, face à cette méchanceté collective née d'un subtil mélange de bêtise, effet de foule, rancœurs et pincée de sadisme."
D'autres questions surgissent.  De celles qu'on préfèrerait ignorer.  La haine engendre-t-elle systématiquement la haine ?  Comment briser ce cercle vicieux ?  Et nous, comment aurions-nous agi ?  "Aurions-nous été pires ou meilleurs que ces gens ?"  chante Jean-Jacques Goldman.  J'ose espérer que le simple fait de déjà se poser la question augure le meilleur mais rien n'est moins sûr...   
 
Au-delà de cette chronique poignante d'une page peu glorieuse de l'après-guerre, l'auteur nous délivre néanmoins un message d'espoir : l'amour est (malgré tout) plus fort que la haine.  Et si la pardon n'efface rien, il permet cependant de faire le deuil, de tourner la page, d'aller de l'avant...
 
Une histoire à mettre entre tous les mains, qui nous rappelle encore et toujours le 1er article de la déclaration universelle des droits de l'homme :
 
"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité."  
Le lecteur sera également vivement intéressé par l'interview qui clôt ce récit.  L'auteur s'entretient avec Daniel Rouxel, l'un de ces enfants "nés maudits".  Un témoignage bouleversant, une belle leçon d'humanité aussi :

"Avec tout ce que j'ai enduré, tout ce que j'ai vécu, j'aurais dû devenir une personne méchante, et ce n'est pas le cas."
 Un récit à lire d'une traite !

mardi 11 juin 2013

Le prince d'ébène


Académie de musique de Balmour.  Luther Sparren, petit prodige, débarque de son Sud natal avec pour seuls bagages son pauvre violon, une bourse royale et une lettre de recommandation de son professeur de musique.  L'accueil qui lui est réservé est loin d'être chaleureux.  Bien au contraire, les élèves voient en lui un concurrent de taille pour le concours annuel qui aura lieu devant la reine, et le directeur, Monsieur Simpleton, va même jusqu'à l'empêcher de jouer tant qu'il n'aura pas en sa possession un instrument digne de ce nom ! La nuit, alors qu'il rumine de sombres pensées, le jeune garçon perçoit la complainte envoûtante d'un violon qui semble l'appeler...
 
Envie d'en savoir plus ?  Luther va-t-il trouver l'instrument qui lui permettra de concourir malgré ses origines modestes ?  Le manoir est-il réellement hanté ?  La légende du violon maudit est-elle fondée ?  Ces ressorts narratifs vous poussent à dévorer ce petit récit jeunesse de 153 pages, à la fois musical et fantastique.
 
De plus, on s'attache au héros qui doit lutter pour se faire une place dans cet univers de "fils à papa".  Son duo avec son maître de musique est truculent.  La devise du vieil homme pourrait être : "Une tête bien faite dans un corps sain".  Il ne cesse de parler par métaphores et a des méthodes d'enseignement pour le moins originales.  Ainsi sa première leçon consiste à balayer sa salle de classe.  Luther, d'abord sceptique, découvre par la suite d'étranges analogies entre les gestes du balayeur et du violoniste.
 
Il lui apprend aussi les qualités du cœur comme l'humilité.  Il est donc question également d'une quête initiatique.  Pour devenir un grand violoniste, Luther devra s'affranchir de la technique et trouver au fond de lui de quoi surmonter les écueils postés sur sa route.
 
" - Comment pourrait-il exister une seule et même règle pour des millions d'individus différents ?  C'est impossible.  Chacun doit trouver sa clé, en ce monde, et franchir les obstacles avec les moyens dont il dispose."

Magnifique précepte pédagogique, n'est-ce pas !?
 
Bien sûr, on pourra reprocher à cet ouvrage une intrigue qui se résume un peu à une lutte manichéenne entre le bien et le mal, un cadre peu défini (tout au plus sait-on que cette histoire se déroule à l'époque des fiacres et des lampes à pétrole) et une fin (trop) vite expédiée.  Pourtant, j'ai vraiment apprécié cette petite balade au cœur de la musique et de ses fondements :
 
"La musique n'est pas un diamant.  Elle n'a nul besoin d'un écrin pour toucher le cœur des hommes."