mardi 22 novembre 2016

Un sale livre

Un sale livre peut-il être beau ?  Telle est la question que me pose Frank Andriat dans la dédicace qu'il a eu la gentillesse d'apposer à mon intention au début de son dernier titre en date.

Pour certains personnages de ce récit, la réponse est clairement non.  Il faut dire que le titre Rien, Nadir que Karine Latour propose à ses élèves de 3ème déchaîne les passions.  Et la polémique enfle à la vitesse grand V.  Élèves, parents, collègues, tout le monde y va de son avis.  Pour quelles raisons ce livre pourrait-il être mis à l'index ?  Est-ce parce qu'il raconte sans fard ni fioriture l'histoire de Nadir, un jeune réfugié syrien qui fuit les horreurs de son pays ?  Est-ce parce qu'il choque, dérange, interpelle, bouscule les petites vies pépères de certains ?  Est-ce parce qu'il remue toute la boue brassée par les extrémistes de tout poil et nous renvoie à nos propres contradictions ?  

Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne laisse pas indifférent!

Avec ce titre, fidèle à ses thématiques fétiches, l'auteur nous embarque dans un double récit où se bousculent les points de vue.  Un leitmotiv cependant : l'ouverture à l'autre et le respect de la différence. Parallèlement à ces questions, on a droit à un véritable débat sur la littérature en général et ce qui fait un "bon" livre en particulier. Celui-ci ne laissera pas indifférent les lecteurs éclectiques que nous sommes puisque s'y opposent les défenseurs de la grande littérature qui clouent au piloris la littérature jeunesse qui n'a selon eux pas passé l'épreuve du temps et ceux qui pensent qu'un bon livre est avant tout un livre qui apporte l'ivresse, peu importe qu'il fasse ou non partie des classiques. Inutile de vous dire dans quelle catégorie je me situe !

Dans sa forme, ce titre plaira également par son découpage narratif : chaque chapitre correspond à un point de vue d'un personnage et le dernier, quant à lui, propose une confrontation des visions afin que le lecteur puisse se forger sa propre opinion.  Autre idée intéressante, c'est cette mise en abyme.  Le lecteur découvre une histoire où les personnages lisent un livre dont on découvre progressivement des passages.  On a ainsi deux histoires pour le prix d'une. Les deux s'imbriquant à merveille pour donner corps à l'intrigue.

Le fan des ouvrages de Frank Andriat y retrouvera également plusieurs clins d’œil à un autre de ses personnages, Bob Tarlouze.

Bref, un bien beau sale livre qui ouvre le débat et fait réfléchir sur plus d'un sujet !




samedi 17 septembre 2016

Le petit arbre Plume - Bien loin de chez soi



"Plante bien tes racines fiston, si tu veux devenir un arbre costaud et solide."

Plume est un arbrisseau choyé par ses parents et ses amis. Au cœur de la forêt la plus grande du monde, il grandit, heureux et insouciant. Un jour, pourtant, une tempête  dévastatrice bouleverse tout.  Le voilà, déraciné, emporté bien loin de chez lui...

Avec Plume, c'est le 3e titre de cette collection Minuscules de l'édition Le Ver à Soie que j'ai la chance de découvrir. J'y retrouve le format 14x30, la couverture cartonnée de qualité, le signet à découper, les illustrations graphiques d'Elza Lacotte et le petit plus de la fin, à chaque fois en lien avec l'histoire.  Ici, il s'agit d'un petit sachet avec une plume et une petite graine à planter et à voir grandir...





Au-delà de tous ces bonus, propres à cette collection, il y a surtout une histoire de résilience qui fait chaud au cœur. Histoire qui, comme le laisse penser le rabat de la 1ère de couverture, n'est pas sans lien avec le parcours de l'auteure elle-même.  Les thèmes sous-jacents sont le déracinement, l'exil, la force de la vie et de l'amour.  

La nature, en particulier la forêt et les arbres, y tient une place de choix.  A travers cet univers sont évoqués la ronde des saisons et le cycle de la vie. Comme Plume, le jeune lecteur découvrira aussi que, pour s'en sortir, on peut parfois avoir besoin de plus petits que soi.

D'abord surprise par le choix des couleurs, les dessins en noir et rouge sur fond vert, j'y vois au final une belle symbolique, celle de la vie qui pulse en nous et nous force à nous redresser, quoi qu'il advienne :

"N'était-il pas vivant ?  Mais oui !  Et bien vivant même !  Alors rassemblant ses dernières forces, usant de tout son courage, il releva la tête, tentant de la tenir bien dressée.  Certes son feuillage n'avait pas fière allure, ses branches étaient toutes tordues, mais...  Il avait survécu !"

A découvrir donc !

Pour aller plus loin :



dimanche 4 septembre 2016

Intuitions 2 - Chaos

Après avoir découvert le 1er tome dans une chasse aux livres, j'ai eu envie de me plonger directement dans la suite.



"C'est pour bientôt maintenant.  Je ferais mieux de commencer à donner l'alerte.  Mais comment les obliger à m'écouter ?  Et que vais-je pouvoir leur dire ?"

A la clé, un bon dans le temps puisque l'histoire se déroule en 2026.  On y retrouve Adam, le fils de Jem...  Suite à la montée des eaux, il est évacué de force de sa petite ville au bord de la mer pour se retrouver à Londres, en compagnie de sa grand-mère.  Intuitivement, il sent qu'il ne devrait pas être là. Et ce n'est pas sa rencontre avec Sarah, une jeune fille énigmatique qui semble terrorisée à sa vue, qui va le convaincre du contraire.  Quelle menace plane sur les habitants de Londres ? Quand il croise leurs yeux, Adam y lit un numéro identique : 01012027...

Dans ce 2e volet, le fond de l'histoire est toujours le même : que faire d'un don maudit, celui de pouvoir déterminer la date de mort des personnes croisées ? La trame aussi : deux jeunes se retrouvent dans la tourmente d'événements qui les dépassent.  Seuls contre tous, que peuvent-ils faire pour changer le cour inéluctable de l'histoire ?  

Là où réside l'originalité, c'est dans les sujets connexes, l'un plus dur puisqu'il traite de l'inceste et l'autre bien actuel puisqu'il évoque les préoccupations écologiques qui nous font craindre le pire pour l'avenir de la Terre.  

S'ils occupent la toile de fond de ce roman, ces sujets ne sont cependant pas vraiment exploités à fond.  Le plus important pour l'auteure - et c'était déjà le cas dans le 1er tome - c'est la relation qui se construit entre les deux protagonistes.  Relation qui, on peut le supposer, va se poursuivre dans le tome suivant...

Aussi, même si j'ai lu ce 2e tome d'une traite, prise dans le suspense qui entoure le devenir des personnages et la catastrophe imminente qui se prépare, je reste une nouvelle fois sur ma faim. Avec l'impression que l'auteure en garde sous le coude et qu'il faudra attendre la suite pour avoir enfin réponse aux questions qui nous taraudent : qu'est-ce qui lient tous ces personnages aux dons particuliers, ont-ils un rôle à jouer dans le futur de l'humanité, ces dons seront-ils, au final, une malédiction ou une bénédiction ?  

Bref, au-delà des amours qui se créent, bien envie que le fond prenne davantage de poids...