dimanche 20 août 2017

A bas les murs

Pour la rentrée scolaire prochaine, avec ma collègue de français, nous désirons travailler la lecture et l'écriture à partir d'une sélection d'albums pouvant être adaptés à notre public, des ados de 2e année secondaire (4e en France).

Pour arrêter notre sélection, nous nous plongeons dans des titres tantôt graves, tantôt plus légers. Voici le second de la série.  




"Le roi Léon est mort.  Vive le roi !"  Pendant que le peuple pleure son bon roi, ses deux fils se bagarrent déjà pour prendre sa place ! A qui le royaume ?  A qui les honneurs ?  Quelle est le solution ?  Le prince Gaston lance : "J'aurai tout ce qui est rouge !"  Le prince Gédéon ajoute : "Et tout ce qui est bleu sera à moi."



Et aussitôt dit, aussitôt fait.  Le peuple est sommé de se séparer, les rouges d'un côté, les bleus de l'autre.  Et, pour être bien certains qu'ils ne cherchent pas à se réunir, les deux monarques font dresser deux solides murs qui les séparent ! 
Le peuple va-t-il se soumettre si facilement ?

Cet album illustre à merveille l'adage "Diviser pour régner".  Il fait également dramatiquement écho à tous ces faits historiques, lointains ou très proches, où des puissants ont cherché/cherchent par dessus tout à jouer sur les différences et les peurs qui peuvent en découler pour dresser des barrières entre les peuples et tirer profit de la situation pour asseoir leurs privilèges.

Heureusement, l'espoir de vivre en paix et en harmonie couve toujours, tapi au fond des cœurs des hommes et, un jour, le peuple finit par se soulever et les murs voler en éclats. 


"- Comme cette chose est étrange, quel en est l'usage ?  demandent les grandes personnes. 
- Vous le saurez si vous êtes sages ! répondent gaiement les enfants."

Ici, dans cette histoire, point de violence pour cette révolution.  L'espoir naît de la jeunesse qui, de par son imagination, démasque les manigances des deux monarques et secoue les chaines du peuple résigné. 

Une forme de message à nos jeunes lecteurs, décideurs de demain : la vie finit toujours par sourire aux hommes de bonne volonté qui cherchent à réinventer le monde !

vendredi 4 août 2017

Endors-toi Barbara

Pour la rentrée scolaire prochaine, avec ma collègue de français, nous désirons travailler la lecture et l'écriture à partir d'une sélection d'albums pouvant être adaptés à notre public, des ados de 2e année secondaire (4e en France).

Pour arrêter notre sélection, nous nous plongeons dans des titres tantôt graves, tantôt plus légers. Voici le premier de la série.  


"Là-bas, il y a une jolie maison qui m'attend.  Maman me l'a juré.  Et maman a toujours raison."

Barbara, c'est le prénom qu'elle s'est choisi pour ce nouveau pays qu'elle espère atteindre avec sa mère.  Mais le chemin est terriblement long et périlleux entre l'Erythrée et la Terre promise, l'Angleterre...  Aussi, pour la protéger autant qu'elle le peut, sa mère s'échine à conserver, contre vents et marées, bonne figure.  Barbara, malgré ses neuf ans, n'est pas dupe.  Pour contrer ses peurs et ses larmes qu'elle contient courageusement, elle se confie à son carnet, dans de longues missives adressées à son père resté au pays...

"Endors-toi Barbara", un magnifique album qui permet au (jeune) lecteur de se mettre dans la peau de ces migrants dont on parle tant aux infos.  A force d'en entendre parler, on finirait par oublier que derrière ce terme, il y a des êtres de chair et de sang, des hommes, femmes et enfants qui quittent tout, parcourent des milliers de kilomètres, au péril de leur vie, dans l'espoir infini de trouver un monde meilleur.  


Loin d'édulcorer le propos, il nous confronte aux écueils qui sèment leur parcours.  A travers les yeux d'une fillette, le lecteur prend la pleine conscience du mur cruel sur lequel viennent la plupart du temps se briser leurs rêves légitimes de liberté et de sécurité.  Il nous dévoile toute l'inhumanité de cet exil forcé, de cette (sur)vie dans ce no man's land qu'est la "Jungle" de Calais, de cette énergie du désespoir qui poussent ces hommes, femmes, enfants à tenter encore et encore de passer de l'autre côté, là où il y a "le soleil et pas de nuages"...  





"On a parcouru la moitié de la terre, mais apparemment, ça ne compte pas.  Apparemment, on n'existe pas."

Ce texte poignant, sublimé par de magnifiques illustrations (dans les couleurs bleu et ocre, comme les mers et les terres à franchir), n'est cependant pas tout noir.  "C'est dans le pire qu'il y a le meilleur du monde" chante Corneille...  L'amour reste bel et bien présent, dans ces trésors d'imagination que déploie cette maman pour que l'expédition soit "belle", dans ces mains qui se tendent alors qu'on pourrait croire tout espoir perdu, dans ces mots plein de tendresse qu'une enfant adresse à son père...


Sans cela, comment croire encore en l'humanité ?  Comment continuer à dire à tous les enfants du monde : "Ne t'inquiète pas, endors-toi, demain sera plus beau..." ?


Pour aller plus loin :

lundi 1 mai 2017

Cinq, six bonheurs



"D'après mon enquête, c'est évident que le bonheur, ça ne se voit pas.  On ne peut pas le prendre en photo.  Le bonheur, c'est juste dans la tête."

Parfois, les aléas de la vie vous laisse exsangue, sans plus la moindre once d'énergie, comme lessivé par tant d'émotions déversées.  Dans ces moments-là, le monde continue de tourner, sans vous.  Vous continuer à sourire, à répondre, à mettre un pied devant l'autre mais tout est moins coloré, plus fade, comme passé à la moulinette...  pas du désespoir, non, mais d'une sorte de léthargie qui envahit jusqu'à la plus infime parcelle de votre être.  Un ralenti pareil à celui que s'impose la nature pour se reconstruire et renaître plus belle, plus vive encore au prochain printemps.

- A la belle saison, on y est !  Il est temps de te réveiller ma belle !
- OK !  OK !  Laisse-moi le temps de secouer toute la poussière accumulée, de me déplier, de tourner mon visage vers le soleil, de remettre mes pas dans ceux du bonheur.  

Un bonheur fait de petits riens pourtant extraordinaires, des anniversaires de mariage qui réunissent petits et grands, des petits mots échangés qui valent au centuple les cadeaux les plus onéreux, les éclats dans les yeux de ceux qu'on aime, les sourires qui réconcilient le cœur et l'âme, les promesses de projets à accomplir,...

Et puis, tout au fond, une petite voix qui suggère d'à nouveau se faire plaisir, de prendre du temps pour soi, de se remettre à lire, à écrire, à échanger...

C'est le premier pas qui compte.  Tendre la main et attraper délicatement, de peur qu'il s'envole, un petit roman.  Ce Petit Poche offert par une collectionneuse de beaux mots semble parfait pour ce réveil en douceur.

Il suffit de l'ouvrir...  Je renoue d'abord avec le dessin des lettres, ces traits et déliés noirs sur fond blanc qui forment des mots.  Mes yeux lisent en vrac : "nouvelle", "bonheur", "vacances",...  Je m'en délecte, résiste encore un peu puis capitule enfin et me laisse happer par l'histoire...

Celle de Théophile Philippot, un garçonnet de dix ans à qui son instituteur donne comme devoir de vacances une rédaction sur le bonheur.  Le sujet ne l'inspire guère.  En désespoir de cause, il interroge ses proches qui lui donnent chacun à leur tour une définition qui leur est propre.  L'histoire pourrait s'arrêter là, sur le constat un peu théorique que "le bonheur, ça dépend des gens" mais c'est sans compter sur la vie qui, si on est attentif, apporte toujours une réponse à nos questions.  Dans le cas de notre petit philosophe en herbe, c'est l'expérimentation de ce qu'est le bonheur, pour lui.

Un format de poche pour un petit récit qui fait du bien.  On y renoue avec les plaisirs simples de la vie, ceux qui nous laissent des marques indélébiles sur le cœur et font ce que nous sommes.  Qui pourrait croire qu'en quelques pages, l'auteur puisse mener à bien cette rédaction, en touchant à l'essentiel : la poésie des émotions, les vraies, celles qui se détachent de tout ce qui fait la superficialité de notre société.

Et si le texte s'adresse a priori aux plus jeunes, il m'a touchée en plein cœur, faisant écho à ma propre réflexion en me rappelant que le bonheur, il est là, à portée de main... 

Si vous aussi, vous en avez perdu le chemin, ne fût-ce qu'un instant, plongez-vous avec bonheur dans cet opuscule.